




Lorsqu’un changement est introduit dans une organisation, il provoque inévitablement des réactions. Ces dernières, souvent interprétées comme des résistances, sont en réalité des préoccupations légitimes. Céline Bareil a développé un modèle structurant pour comprendre ces dynamiques : les sept phases de préoccupations.
Madame Bareil est une figure influente dans le domaine de la gestion et du changement organisationnel. Professeure à HEC Montréal, elle se spécialise dans les dynamiques de transformation en milieu de travail, explorant comment les entreprises et leurs employés s'adaptent aux innovations et aux transitions majeures. Avec une approche axée sur les personnes, ses recherches touchent des thématiques telles que l'accompagnement au changement, les apprentissages organisationnels et le leadership dans des contextes complexes.
Ce modèle explique que les individus progressent dans un cheminement logique face au changement, allant de l’indifférence initiale à une pleine adhésion — pour peu que leurs préoccupations soient traitées adéquatement.
Cette théorie s’applique incroyablement bien au contexte d’un pitch, car ce dernier prépare toujours le terrain à un changement imminent. Lorsqu’on propose une nouvelle idée, un projet ou un produit, on confronte son audience à un futur différent, qui suscite des réactions similaires à celles observées lors d’un changement organisationnel. Un pitch efficace — comme une bonne gestion du changement — doit répondre à ces préoccupations avec clarté, empathie et vision. En adressant chaque phase, on ne vend pas seulement une idée, mais on construit une adhésion progressive et durable au changement qu’elle incarne.
Pour accompagner vos équipes dans le changement, il est essentiel de répondre aux préoccupations exprimées à chaque phase. Voici comment le faire efficacement.
Un gestionnaire avisé se concentre non seulement sur les mots, mais aussi sur les actions. Chaque phase est une opportunité de bâtir la confiance et d’assurer un passage réussi vers l’étape suivante.
Pour illustrer, prenons un exemple "brûlant"... le cas du retour au bureau après une période prolongée de télétravail :
Le modèle des phases de préoccupations est un outil puissant pour comprendre les résistances et les surmonter. Il rappelle qu’un changement n’est pas seulement une question de processus ou de stratégie : c’est avant tout une aventure humaine. Préparer des réponses adaptées à chaque phase vous permettra de rassurer, mobiliser et, finalement, transformer des sceptiques en ambassadeurs du changement.
Soyons honnêtes, on a tous déjà quitté le bureau à 16h30 au lieu de 17h. On respecte généralement les règles, mais pas toujours. Certains ont peur des sanctions ou agissent par principe, d’autres suivent le groupe, et quelques-uns ignorent les règles, peu importe les conséquences. Ce n’est pas nous qui le disons, mais bien Simon Gächter, Lucas Molleman et Daniele Nosenzo, de brillants chercheurs en sciences comportementales et économiques.
Dans l’article « Why people follow rules », Gächter, Molleman et Nosenzo nous présentent la conformité aux règles (C) comme la fonction mathématique: C=ƒ(R;I;S;P). Autrement dit, respecter une règle dépend de plusieurs variables. Voici comment ils les décortiquent :
Pour rendre tout cela plus concret, nous avons vulgarisé l’étude en trois effets que vous avez sûrement dû déjà observer : l’effet mouton, l’effet pomme pourrie et l’effet maternel. Trois images simples pour comprendre pourquoi on suit les règles… ou pas!
L’effet du mouton fait référence aux « attentes sociales » du modèle CRISP. C’est-à-dire l’influence des autres sur nos décisions, surtout lorsqu’il est question de respecter une règle. Ce phénomène n’a rien de nouveau. Déjà en 330 avant J.-C., Aristote affirmait que l’humain est un « animal social et politique ». Nous vivons en groupe, nous partageons des normes, et nous nous ajustons les uns aux autres. En d’autres termes, comme un troupeau, nous captons les mouvements avant de faire le nôtre.
Environ 30 % des individus adaptent leur comportement à celui du groupe. Si l’heure officielle de départ est 17 h, mais que tout le monde quitte à 17 h 30, plusieurs vont suivre. Formellement, la règle n’a pas changé, mais la norme informelle, elle, s’est déplacée.
Mais attention : suivre le groupe n’explique pas tout. Parfois, ce n’est pas le troupeau qui entraîne, c’est une seule pomme qui abîme tout le panier. Parlons justement de l’effet de la « pomme pourrie ».
Toujours dans la logique des attentes sociales, mais sous l’angle inverse : ici, ce n’est pas le groupe qui nous élève, c’est un individu qui nous tire vers le bas, comme une pomme pourrie qui contamine ses semblables!
L’expression « a rotten apple quickly infects its neighbor » remonte au 14ᵉ siècle. Benjamin Franklin la popularise ensuite au 18ᵉ. L’idée traverse le temps, mais ce n’est qu’en 2007 que le chercheur Will Felps la valide scientifiquement : la présence d’un seul individu négatif, déviant ou non coopératif peut détériorer la dynamique et la performance d’un groupe entier.
Concrètement, voir quelqu’un enfreindre une règle ne nous fait pas immédiatement changer d’avis. On continue de croire que la règle est valable, mais la transgression devient un peu plus acceptable. Si un collègue part à 16 h 30 chaque jour et que d’autres commencent à le faire, vous allez commencer à penser que « ce n’est pas si grave » de faire la même chose. Encore une fois, la règle n’a pas changé, elle s’est érodée!
Avant d’aborder le thème des sanctions, voyons d’abord un levier tout aussi important : celui des préférences sociales dans le modèle CRISP.
Les règles existent souvent pour protéger autrui. Lorsqu’on comprend qu’une infraction nuit aux autres, leur respect augmente de 55 % à… 61 %! Autrement dit, une règle est mieux suivie lorsqu’elle a du sens pour le collectif.
C’est ce qu’on appelle l’effet « maternel », ou mama bear syndrome. On respecte la règle non par peur ni par conformisme, mais par instinct de protection.
Si vos collègues travaillent tard sur un dossier important, vous serez naturellement porté à rester passer les 17 heures pour les aider. Pas parce qu’on vous l’impose, mais parce que quelqu’un en bénéficiera.
S’il est vrai que les attentes sociales nous influencent, les sanctions jouent elles aussi un rôle. C’est la variable incitations extrinsèques (I) du modèle CRISP. Mais attention : toutes les sanctions n’augmentent pas automatiquement l’obéissance d’un groupe. Certaines peuvent même produire l’effet inverse.
Lorsque la probabilité d’être sanctionné est faible, la conformité augmente à peine : de 61 % à 62 %. Autrement dit, la simple menace a peu d’effet si elle n’est pas suivie d’actions concrètes. Par exemple, si la direction rappelle que l’heure de départ est fixée à 17 h, mais que les contrôles sont rares et les conséquences inexistantes, les départs anticipés continueront. La règle existe, mais elle manque de crédibilité.
À l’inverse, lorsque la sanction est hautement probable, l’obéissance inconditionnelle passe de 26 % à 57 %. Ainsi, si la direction inscrit une note au dossier dans la majorité des cas de départs précoces, le respect de l’heure officielle augmente. La différence tient à un élément clé : la sanction n’est plus théorique, elle est perçue comme réelle et crédible.
Les sanctions ne devraient jamais être le réflexe automatique. Oui, elles peuvent dissuader, mais seulement si elles sont proportionnées et crédibles. Pour des règles du quotidien comme l’heure de départ, le sens est souvent plus puissant que la menace.
Ce qu’il faut faire Expliquer le « pourquoi » derrière la règle! Si un gestionnaire explique qu’il faut rester jusqu’à 17 h pour assurer la collaboration avec l’équipe en Australie, la règle cesse d’être arbitraire. Elle devient logique. Quand une règle fait sens, on est beaucoup plus enclin à la respecter.
Bonne nouvelle : plus de la moitié des gens, entre 55 et 70 %, respectent les règles par principe, même en l’absence de sanction. Les chercheurs parlent ici de respect intrinsèque (R) dans le modèle CRISP. Alors pas de panique! Si vous changez l’heure officielle de départ à 18 h, une bonne partie de l’équipe attendra patiemment les six coups de 18 h avant de quitter. Mais puisque la norme au Québec reste 17 h, on ne vous le conseille pas!
Demandez autour de vous à quoi ressemblera notre futur avec l'intelligence artificielle. Neuf fois sur dix, on vous pitchera un mauvais film de science-fiction : surveillance de masse, travailleurs jetés à la rue, voire extinction de l'espèce. Sous le pseudonyme PhiloSophia, une jeune philosophe de l'École normale supérieure s'est penchée sur ce réflexe catastrophiste en convoquant deux philosophes du siècle dernier.
Son constat La peur face à l'IA n'est pas un problème. Le problème, c'est le moment exact où cette peur cesse de nous être utile. Et c'est une excellente nouvelle pour les décideurs : une angoisse bien canalisée, c'est le point de départ d'un plan d'action.
Rendons à César ce qui lui appartient : l'architecture de cette réflexion lui revient. Le rapprochement entre Günther Anders et Hans Jonas, son application à l'IA et l'identification de ce fameux point de rupture : tout vient d'elle. Mon job aujourd'hui, c'est de tirer ce fil philosophique pour l'amener directement sur le bureau de vos comités de direction.
Faisons un saut en 1956. Le philosophe Günther Anders pond L'Obsolescence de l'homme, et met le doigt sur un concept brillant : la « honte prométhéenne ». En gros, nous avons appris à fabriquer des machines tellement rapides, précises et increvables que, face à elles, l'humain réalise qu'il est lent, approximatif et... mortel. Prométhée avait volé le feu ; ses héritiers fabriquent des outils qui les éclipsent.
Anders va plus loin avec son idée de « décalage prométhéen ». Aujourd'hui, notre capacité à inventer avance beaucoup plus vite que notre capacité à comprendre l'impact de nos propres inventions. À l'époque, il pensait à la bombe atomique : on savait comment la construire, mais on n'arrivait pas vraiment à se figurer ce qu'elle allait faire.
Transposée à l'IA, cette idée éclaire tout. Si l'on bascule si vite dans le scénario catastrophe — les robots qui nous asservissent, les métiers qui disparaissent — c'est la conséquence de ce décalage. Face à une création qu'on a perdue de vue, le cerveau humain déteste le vide : il le remplit avec le pire.
Mais bonne nouvelle : ce pessimisme a une vraie utilité. En 1979, Hans Jonas publie Le Principe responsabilité et transforme ce réflexe en méthode de travail. Il appelle ça « l'heuristique de la peur ». Quand une technologie porte en elle des conséquences irréversibles et massives, il faut commencer par imaginer le pire scénario possible. Et attention : peu importe que ce scénario soit probable. Le simple fait qu'il soit possible nous oblige à agir.
Comme le résume si bien notre jeune philosophe, la peur a cette vertu : elle nous projette dans un futur qui n'existe pas encore pour nous forcer à prendre des décisions aujourd'hui. En clair, chez Jonas, avoir peur, c'est déjà bosser. La peur sert de simulateur : on imagine le crash pour éviter d'y finir.
Mais elle repère surtout le moment où tout bascule. C'est celui où l'on arrête de dire « ça pourrait mal finir » pour affirmer « ça va mal finir ».
Le basculement se joue bêtement sur la grammaire : le conditionnel cède la place au futur simple. Le risque devient une fatalité. Et une peur qui considère que les jeux sont faits ne sert plus à rien. Pire, elle déresponsabilise.
Le problème n'est pas d'imaginer que l'IA peut bouleverser des métiers. Il commence quand on traite ce bouleversement comme une fatalité. À partir de là, on ne prépare plus rien : on commente. Et le fatalisme devient confortable, parce qu'il nous dispense de choisir ce qu'on veut protéger, changer ou tenter.
La condition posée par la normalienne est simple : la peur ne vaut rien si elle ne débouche pas sur l'action. Imaginer ce qui peut mal tourner, très bien. Maintenant, qu'est-ce qu'on fait pour l'éviter Dans le monde de l'entreprise, cette réponse porte un nom familier : une stratégie.
Très bien. On a peur. Maintenant, qu'est-ce qu'on en fait À partir de son raisonnement, j'en retiens quatre chantiers très concrets.
Chantier 1 : Mettez vos peurs sur la table. Bloquez 20 minutes au prochain CoDir et listez vos angoisses face à l'IA. Toutes. Même les plus inavouables. Une peur qu'on nomme se transforme en risque, et un risque, ça se gère. Surveillez le vocabulaire : tant que l'équipe parle au conditionnel, elle avance. Si elle glisse au futur (« ils vont tout automatiser »), ramenez-la au présent.
Chantier 2 : Mesurez votre propre décalage prométhéen. Prenez l'outil d'IA que vous voulez déployer et posez-vous la question qui fâche : avons-nous vraiment mesuré ce qu'il va changer Qui a pris une heure pour cartographier son impact sur les clients, sur les tâches, sur les données Si vous entendez les mouches voler, vous venez de trouver votre priorité de la semaine.
Chantier 3 : Face à chaque scénario du pire, opposez une décision. Une charte d'utilisation éthique, un budget formation, un garde-fou technique ou un projet pilote ultra-cadré. Il vous faut une décision, avec un responsable, ce trimestre. Une menace qui n'engendre aucune parade, c'est du cinéma.
Chantier 4 : Rédigez « des » demains. Un scénario catastrophe, un scénario hautement probable, et un scénario de rêve. Puis repérez ce qui dépend réellement de vous. Cet exercice d'un après-midi change complètement la dynamique : on arrête de subir l'avenir pour commencer à le fabriquer.
En 2019, j'avais donné une conférence baptisée « Demains ». Le pluriel y faisait tout le travail. L'être humain adore programmer sa propre fin du monde. L'historien Luc Mary s'était amusé à les compter : la fameuse fin du monde maya de 2012 était la 183e annoncée depuis la chute de l'Empire romain. Et jusqu'à preuve du contraire, on est toujours là.
Depuis, on a survécu à une pandémie qui a figé la Terre entière, aux coups de bluff nucléaires, aux crises à répétition. L'horloge de l'Apocalypse s'est rapprochée à 85 secondes de minuit en 2026 et inclut désormais l'IA parmi les menaces. Hans Jonas aurait reconnu le principe : cette horloge ne sert pas à nous déprimer, elle sert à nous bouger les fesses. Minuit n'a pas encore sonné.
On l'a dit, le Canada a peur de l'IA. Tant mieux. La philosophe finit d'ailleurs sur ce point : personne ne contrôle tout, mais c'est justement parce que notre futur est incertain qu'il faut l'anticiper, lui fixer des bornes et décider de ce qu'on va en faire. Sept ans après ma conférence, une jeune philosophe arrive à cette même idée du pluriel par des chemins bien plus brillants que les miens. La relève assure.
Tant qu'il existe plusieurs futurs possibles, il y a de la job. Imaginer le pire est une excellente porte d'entrée — et avouons-le, c'est assez facile. Mais le métier de dirigeant commence juste là. Après les oiseaux de mauvaise augure, le gestionnaire doit faire un plan, travailler, construire. Imaginer des scénarios au conditionnel… et ensuite à l'impératif.
À chaque révolution technologique, c'est la même chose : on regarde d'abord ce qu'on va y perdre — notre job, notre savoir-faire, voire notre libre arbitre. Ce réflexe de défense est naturel. Le problème, c'est que lorsque cette peur s'enracine dans nos entreprises et nos institutions, elle dépasse le stade de la simple inquiétude pour se transformer en véritable boulet économique.
Ici, au Canada, l'intelligence artificielle atterrit sur un terrain miné par la méfiance. Les chiffres parlent d'eux-mêmes : selon une étude Ipsos-Google menée à l'automne 2025, 68 % des Canadiens sont convaincus que l'IA va détruire des emplois et saccager les industries sur le dos des travailleurs. Nous figurons carrément parmi les pays les plus anxieux de l'étude. Pour une grande partie de la population, cette transition ressemble moins à un outil à maîtriser qu'à une fatalité qu'il va falloir subir.
Cette appréhension est légitime, oui. Mais elle vient percuter de plein fouet une maladie chronique bien de chez nous : notre difficulté persistante à moderniser nos façons de faire.
La Banque du Canada mettait déjà le doigt sur le bobo en novembre 2025 : notre productivité fait du surplace depuis un quart de siècle. Concrètement, l'OCDE soulignait en 2023 qu'une heure travaillée au pays générait environ 25 % de valeur en moins qu'aux États-Unis. Ce retard n'a pas attendu l'arrivée de ChatGPT pour s'installer confortablement.
Pourtant, on confond encore trop souvent productivité et acharnement. Gagner en efficacité, ce n'est pas transpirer davantage sur son clavier. Si une employée met deux minutes au lieu de deux heures pour dénicher une information clé, elle ne travaille pas plus fort, elle travaille mieux : elle dégage enfin du temps pour le dossier qui a un réel impact. Mesurer le succès au niveau de fatigue à la fin de la journée est une aberration.
Au bureau, on n'avoue jamais qu'on a peur. On préfère se cacher derrière le bon sens : « C'est encore trop jeune », « Ce n'est pas le bon timing » ou « On a déjà donné ». Même quand ces arguments tiennent la route, ils agissent comme un poison lent sur l'initiative. En entreprise, la prudence est souvent le meilleur déguisement de l'immobilisme.
L’Histoire se répète. Déjà en 2025, l'OCDE remarquait que nos PME traînaient la patte pour intégrer le haut débit ou l'infonuagique, tout en s'affichant avec beaucoup d'enthousiasme sur les réseaux sociaux. En clair : il est toujours plus facile de ravaler la vitrine que de rénover l'arrière-boutique.
Essayer d'innover, c'est prendre le risque d'un échec qui se voit : un dépassement de budget, un projet en retard, des équipes bousculées. Choisir de ne rien faire, c'est opter pour une hémorragie silencieuse. Des milliers d'heures s'évaporent sans jamais figurer dans les tableaux de bord. Et le pire, c'est qu'on se félicite souvent d'avoir tenu les cordons de la bourse, tout en finançant à l'aveugle du travail inutile.
Pourtant, quand on saute le pas, les bénéfices sont tangibles. Une étude publiée en 2025 (Brynjolfsson, Li et Raymond), menée auprès de plus de 5 170 agents de service client, a prouvé qu'avec un simple assistant IA, le volume de problèmes résolus grimpait de 15 %, sans écorner la satisfaction client. Les grands gagnants Les employés les moins expérimentés. L'outil ne les a pas remplacés ; il leur a donné les moyens de mieux réussir.
Mais la peur ne résume pas le Canada. Nous avons aussi l'envie de travailler plus intelligemment, de mieux servir et de bâtir des entreprises qui vont plus loin. Cette ambition mérite au moins autant d'espace que nos craintes. Encore faut-il lui donner un terrain de jeu concret : un vrai problème à régler, un outil à tester, et le temps de se casser les dents dessus pour apprendre.
Regardez Singapour : en 2024, leur programme public « GenAI Sandbox » a offert à plus de 150 PME la chance de tester des outils d'IA générative pendant trois mois sur leurs relations clients et leur marketing. Le bilan Près de 80 % d'entre elles ont continué à les utiliser après la période d'essai. L'expérimentation s'était tout simplement fondue dans leur quotidien.
Alors, voici le plan pour lundi matin : demandons à nos équipes de pointer LA tâche qui leur fait perdre un temps fou. Choisissons-en une, donnons-nous un mois, et mesurons l'impact (le temps gagné, la qualité du rendu, l'amélioration du service). Laissez vos employés concevoir l'essai, accordez-leur le droit de tâtonner, et partagez ce qu'ils découvrent. Si le résultat déçoit, on ajuste. S'il est bon, on donne aux autres les moyens d'en profiter. L'audace, ça commence toujours petit. Ça devient ambitieux quand on organise la suite.
Et si on s'autorisait enfin à essayer Pensez à l'impact que ça aurait dans nos boîtes, nos municipalités ou nos services publics. Ce serait enfin retrouver du temps : du temps pour écouter un client, pour accompagner une recrue, ou pour développer cette idée qu'on repousse depuis des mois. Des équipes fières de ce qu'elles ont appris et capables de le transmettre. C'est un avenir qu'on peut commencer à bâtir dès maintenant, à coups de tests utiles et de réussites qui donnent le goût d'aller plus loin.
Oui, le Canada est frileux face à l'IA. C'est à nous de créer les étincelles qui lui donneront envie de se lancer.
C’est en 1857 que Wilhelm Grimm (un des frères Grimm) publie un essai portant sur la comparaison de dix légendes avec le mythe de Polyphème (le plus sauvage et le plus célèbre de tous les Cyclopes, qui inspira Hansel et Gretel). Il démontre alors que ce conte originel en a inspiré des dizaines d’autres, des variations sur les mêmes thèmes, pris et repris, modifiés au fil du temps et des cultures. Plus tard, Julien d’Huy, docteur en Histoire à l’Institut des mondes africains confirme la théorie de Grimm, en décomptant 65 contes et légendes issus du Polyphème.
En 1910, le Finlandais Antti Arnes propose une indexation complète des contes et récits oraux, en remontant le plus loin possible dans l’Histoire des histoires. L’idée Les classer en fonction des mécaniques narratives, des thèmes, des ambiances, des personnages ou des actions - ce qu’on appelle des motifs. Ce travail est complété en 1927 et en 1961 par l’américain Stith Thomson, puis par l’allemand Hans-Jörg Uther en 2004. Au total, des milliers de récits issus de toutes les cultures du monde sont décortiqués, référencés, indexés et catalogués. Aujourd’hui appelée la classification ATU (pour Arnes Thomson Uther), cette indexation titanesque nous permet de réaliser que toutes les histoires que nous côtoyons répondent toujours à des schémas narratifs ancestraux. Est-ce à dire que nous n’avons rien inventé depuis des millénaires Pas si vite.
Plus récemment, l’anthropologue Jamie Tehrania fait deux découvertes fascinantes. D’abord, il révèle que les récits n’échappent pas à la loi de l’évolution des espèces de Darwin. Pour survivre, les contes passent de peuple en peuple en s’adaptant aux cultures et au temps. À travers une lente évolution, les fables muent et mutent, et seules les espèces de récits les plus adaptées à l’époque résistent aux ravages du temps… jusqu’à ce qu’elles nous parviennent. Preuve de cette adaptation des contes, La belle au bois dormant n’était pas réveillée par un doux baiser du prince dans sa version originale, mais plutôt d’un viol commis par le roi. La belle se réveille neuf mois plus tard, après avoir donné naissance à deux enfants — on est loin de vivre heureux et avoir beaucoup d’enfants. Pour survivre, une fable doit s'adapter d’époque en époque, de moeurs en moeurs, de conteur en conteur.

La seconde découverte de Jamie va encore plus loin. Il s’associe avec Sara Graça Da Silva pour contribuer à ce champ de recherche inédit : la phylogénétique. Les deux chercheurs démontrent que les récits contiennent une sorte d’ADN, avec un génome et mes marqueurs inspirés des critères de la classification ATU. Ce séquençage effectué, ils ont pu déterminer la proximité de telle ou telle histoire, les liens de parenté de telle ou telle autre. Mieux encore : ils ont pu recréer l’arbre généalogique des récits. Ainsi, ils ont pu déterminer que Le petit chaperon rouge des frères Grimm est un emprunt à Charles Perrault, qui s'est lui-même inspiré du conte du premier siècle de notre ère, le Loup et les sept chevreaux. On sait aussi que Jean de la Fontaine a largement pillé les fables d’Ésope, poète grec du VIe siècle av. J.-C., qui a laissé une œuvre colossale de 500 fables écrites en prose.
Mais l’emprunt le plus scandaleux remonte à une découverte de Georges Smith, le 3 décembre 1872. Devant la prestigieuse assemblée du British Museum, le jeune chercheur présente douze tablettes écrites en caractères cunéiformes, une écriture jusque-là inconnue datant du troisième millénaire avant notre ère, et née en Mésopotamie (Irak). Après des années de travail et de recomposition d’un immense casse-tête de fragments, il traduit ce qui est encore à ce jour le texte écrit le plus ancien de l’Humanité : l’Épopée de Gilgamesh, un héros mythologique des années 2700 avant notre ère. Ce texte avait traversé les âges et Gilgamesh était encore raconté trois cents ans avant Jésus Christ. Par ailleurs, quiconque lira l'Odyssée d’Ulysse (XVIIe siècle avant J.-C.) y trouvera des parallèles troublants. Mais c’est la révélation de la onzième tablette qui a l’effet d’une bombe dans l’Angleterre corsetée du XIXe siècle. Elle décrit un déluge et une arche dans laquelle on fait monter tous les animaux de la création deux par deux. Dans les moindres détails, c’est le récit de l’arche de Noé décrit dans la Bible des chrétiens et des Juifs… Et c’est le drame! Le texte premier, originel, fondateur de notre civilisation n’était finalement qu’un plagiat, ou du moins un agrégat de fables bien connues à l’époque.

Je vous épargne le récit de la vie du jeune ouvrier Georges Smith, devenu le seul traducteur fidèle du l’écriture cunéiforme — 600 signes composés chacun de sept traits en moyenne, et pouvant se prononcer de trois à quatre façons différentes. Son ascension au British Museum vaudrait un roman à elle seule. Je vous le dis, les histoires sont partout. Et elles sont toutes fascinantes.
Bien évidemment les marques n'échappent pas à ce devoir de récit. Par ailleurs, elles le font avec beaucoup de liberté, puisqu'aujourd'hui, de nombreuses histoires de marques... sont de pures fictions.
Alors comment construit-on une fable?nbsp;Comment bâtit-on un récit?nbsp;Comment compose-t-on une structure de pitch qui emporte l'adhésion d'un auditoire?nbsp;Ça... c'est une autre histoire!

Loin de nous l’idée de comparer l’incroyable détresse vécue par de nombreuses personnes aujourd’hui à la gestion de la peur par un gestionnaire. En revanche, la responsabilité qui incombe à un responsable inclut également le rôle de rassurer et d’accompagner ses équipes vers un certain confort psychologique. Les spécialistes nous ont parlé de six principes fondamentaux : rester dans l’œil du cyclone, ne rien cacher, créer un lien familier, assumer l’importance des enjeux, miser sur le sauveteur et pas sur le fautif et enfin… garder le contact. Découvrons ensemble ce qu’ils nous ont dit dans le détail, et comment transposer leurs conseils dans notre quotidien à nous.
« Oui, ton papa est à terre dans la cuisine. Son cœur ne bat plus, mais on fait tout pour le réanimer. » C’est ce qu’un infirmier a dû annoncer à une petite fille de 10 ans, terrorisée. L’idée est de ne pas minimiser l’importance de l’événement ou de ne pas positiver inutilement. L’idée est d’être clair, direct, sans ajout d’émotions inutiles. Dans notre réalité, cela correspond à assumer la situation. À dire « oui, il y a un problème, c’est évident, on est en train de regarder ça ».
« Je vais m’approcher et m’asseoir à côté de toi ». Ce sont les premiers mots des sauveteurs qui font face à une personne qui menace de se jeter dans le vide. « Il faut s’asseoir à côté de lui », nous a expliqué un intervenant. Ainsi la personne ne reste pas seule, mais peut « partager sa souffrance » avec un humain compréhensif. C’est un cas terrible, extrême. Pour nous, cela peut se traduire tout simplement par « ne pas fuir » un client en colère ou insatisfait. « On va regarder ça ensemble ».
Un médecin qui vous dit « ne t’inquiète pas, ça arrive souvent », c’est toujours plus rassurant que « Oh mon dieu! Je n’ai jamais vu ça! » L’idée est de rassurer en faisant passer le message que nous allons pouvoir régler ce problème-là, car nous avons l’habitude. Pour nous, cela peut se traduire par « oui, cela arrive, on va pouvoir vous aider », tout simplement.
Une infirmière assurait des interruptions volontaires de grossesse (IVG) dans un pays où la religion interdisait totalement les rapports sexuels avant le mariage. Alors elle recevait en secret de jeunes femmes terrorisées. Les stress s’accumulaient : d’abord le traumatisme de l’avortement, ensuite la menace de représailles de la famille, enfin l’acte médical en soi. L’infirmière pratiquait une dizaine d’IVG par jour, depuis de nombreuses années. C’était un acte médical courant. C’était sa routine. « Mais les femmes qui viennent me voir, elles viennent ici pour la première et la dernière fois de leur vie… c’est un moment dont elles se souviendront leur vie entière… le matin où j’oublierai ça, j’arrêterai le métier », assumait l’infirmière, avec toute sa sagesse. Comment transposer une telle histoire dans notre quotidien Un problème qui peut vous sembler bénin, ridicule, peut être vu comme une montagne par votre interlocuteur. Alors, mettez-vous dans ses souliers. Dites-vous que « oui, c’est grave », parce que c’est grave pour lui. Et réglez son problème en le rassurant.
Un pompier nous expliquait « quand une cuisine est en train de brûler, on ne cherche pas le responsable de l’incendie… on éteint le feu. ». Cela semble une évidence, mais combien de fois, face à un problème, on se retrouve à chercher un coupable, alors que ce temps pourrait être investi à régler le problème Réglez le problème, l’enquête viendra dans un deuxième temps.
Une travailleuse sociale qui répondait au téléphone pour une association d’aide aux jeunes en difficulté nous répétait : « On. Ne. Raccroche. Jamais ». Un silence peut être aussi important que des mots : c’est la présence qui compte. Il faut rester là. Comment traduire ça dans notre quotidien C’est simple : restez avec votre client. Écoutez votre collègue qui exprime ses frustrations ou ses craintes. Restez. Écoutez. Personne n’attend un miracle de votre part. L’idée est d’être là, ici et maintenant… d’être présent.
Les gestionnaires sont continuellement confrontés à des défis inédits. C'est dans ce contexte que le concept du Kintsugi stratégique — une invention de Perrier Jablonski — se révèle particulièrement intéressant. Inspiré de l'ancienne pratique japonaise du Kintsugi, qui consiste à réparer des objets en céramique brisés avec de l'or, ce concept propose une approche innovante de la gestion, centrée sur l'idée de réparation et de résilience.
Son histoire débuterait au Japon au XVe siècle. Selon la légende, le shogun Ashikaga Yoshimasa envoya son bol de thé chinois préféré en Chine pour réparation après qu'il fut brisé. Le bol lui fut retourné réparé avec des agrafes métalliques, une méthode courante à l'époque, mais visuellement peu attrayante.
Déçu par cette réparation, Yoshimasa chercha une solution plus esthétique. Des artisans japonais, inspirés par l'esthétique wabi-sabi qui trouve de la beauté dans l'imperfection, développèrent alors le Kintsugi. Cette méthode utilise de la laque saupoudrée de poudre d'or, d'argent ou de platine pour réparer les céramiques brisées. Le résultat est une pièce avec des veines métalliques scintillantes, mettant en valeur les cicatrices au lieu de les masquer, symbolisant ainsi la beauté de la résilience et de la renaissance.
Le Kintsugi est devenu une pratique artistique à part entière, s'étendant au-delà de la simple réparation pour devenir un art mettant en avant la transformation et la redécouverte. Il enseigne une leçon de vie : au lieu de cacher nos échecs ou nos imperfections, nous devrions les embrasser et les célébrer, reconnaissant qu'ils font partie intégrante de notre histoire et de notre caractère unique.

Le kintsugi est enraciné dans la philosophie japonaise du "wabi-sabi," qui valorise l'imperfection, l'impermanence et l'incomplétude. En mettant en avant les fissures et les éclats plutôt que de les dissimuler, le kintsugi témoigne d'une acceptation de la fragilité et de la fugacité des choses.
Le processus de réparation se déroule toujours de la même manière.
Si l'on s'inspire du Kintsugi, on peut suivre les étapes suivantes :

Attention cependant, le Kintsugi stratégique n'est pas une panacée, et certaines limitations s'imposent.
Voilà. Maintenant vous avez tout en main pour faire d'une fêlure une force.