




Comprendre ces divers types d'esprits créatifs est essentiel pour plusieurs raisons. D'abord, cela permet de mieux se connaître soi-même, de reconnaître ses forces et ses faiblesses, et d'exploiter son potentiel au maximum. Ensuite, cette compréhension favorise la collaboration et l'innovation en équipe, car elle valorise la diversité des approches et des idées. Enfin, elle ouvre la porte à une plus grande flexibilité intellectuelle, permettant de s'adapter aux situations changeantes et de trouver des solutions originales et efficaces.
Dans cet article, nous explorerons les principaux types d'esprits créatifs, en les illustrant par des exemples concrets et des applications pratiques. Du plus logique au plus audacieux, chaque type d'esprit créatif a ses propres caractéristiques et façons d'aborder la créativité. Que vous soyez un penseur analytique ou un rêveur imaginatif, vous découvrirez comment tirer parti de votre propre style tout en vous ouvrant à d'autres façons de penser.
L'esprit analytique et méthodique s'appuie sur une approche rationnelle et systématique. Ce type de créatif aime décomposer les problèmes en éléments plus petits, analyser les données et trouver des solutions logiques. Les personnes avec cet esprit sont organisées, précises et attentives aux détails. Par exemple, un ingénieur qui résout des problèmes complexes en utilisant des méthodes de décomposition est un parfait exemple de ce type d'esprit. Ils peuvent exceller dans des domaines tels que les mathématiques, la physique et la programmation, où la rigueur et la précision sont primordiales.
L'esprit pratique se concentre sur la recherche de solutions concrètes et applicables. Il valorise l'efficacité, la fonctionnalité et les résultats tangibles. Les individus avec cet esprit sont souvent ingénieux, débrouillards et orientés vers l'action. Par exemple, un chef de projet qui trouve des moyens innovants pour améliorer l'efficacité de son équipe tout en respectant les délais et les budgets démontre cet esprit créatif. Ils sont les champions de l'application pratique des idées théoriques, transformant les concepts en réalisations tangibles.
Cet esprit est avide de connaissances et aime découvrir de nouvelles idées. Il est ouvert d'esprit, pose beaucoup de questions et fait des connexions inattendues entre différents domaines. Les personnes avec cet esprit sont souvent polyvalentes, adaptables et ont une grande soif d'apprendre. Un exemple typique est celui du chercheur scientifique qui explore des territoires inconnus dans la quête de nouvelles découvertes, ou de l'entrepreneur qui s'inspire de diverses industries pour créer une nouvelle startup innovante.
L'esprit intuitif se fie à son instinct et à sa capacité à percevoir des tendances et des possibilités futures. Il a une vision globale, pense à long terme et n'a pas peur de remettre en question le statu quo. Les individus avec cet esprit sont souvent des leaders charismatiques et des innovateurs. Steve Jobs, avec sa capacité à anticiper les besoins des consommateurs et à révolutionner l'industrie technologique, incarne parfaitement ce type d'esprit créatif. Leur force réside dans leur capacité à voir au-delà des évidences et à imaginer des futurs possibles.
Ce type d'esprit laisse libre cours à son imagination et aime s'évader dans des mondes fantastiques. Il est très créatif, poétique et a une grande sensibilité artistique. Les personnes avec cet esprit sont souvent des conteurs nés, des visionnaires et des créateurs originaux. Par exemple, J.K. Rowling, avec son univers magique d'Harry Potter, est une manifestation éclatante de cet esprit créatif. Leur imagination sans borne leur permet de créer des œuvres qui touchent et inspirent des millions de personnes à travers le monde.
L'esprit non-conformiste aime bousculer les conventions et provoquer des réactions. Il remet en question les idées reçues, aime être différent et n'a pas peur du jugement des autres. Les individus avec cet esprit sont souvent des artistes avant-gardistes, des libres penseurs et des révolutionnaires. Un exemple emblématique est Banksy, l'artiste de rue connu pour ses œuvres provocatrices qui questionnent la société moderne. Leur courage à défier les normes établies leur permet de repousser les frontières de l'art et de la pensée.
En réalité, la plupart des gens ont une combinaison de ces différents types d'esprits créatifs. Un designer pourrait avoir un esprit imaginatif et rêveur pour concevoir des concepts originaux, tout en ayant un esprit pratique et pragmatique pour réaliser ces concepts de manière fonctionnelle. L'important est de cultiver sa propre créativité en s'appuyant sur ses forces tout en s'ouvrant à d'autres façons de penser.
Pour maximiser notre potentiel créatif, il est essentiel de créer un environnement propice à l'exploration et à l'innovation. Voici quelques conseils pour y parvenir :
En fin de compte, la créativité est un voyage personnel et unique. En comprenant et en cultivant les différents types d'esprits créatifs, nous pouvons non seulement enrichir notre propre vie, mais aussi apporter des contributions significatives à notre société.
Les esprits créatifs se déclinent en plusieurs types, chacun ayant des approches uniques pour aborder la créativité : l'esprit analytique décompose et analyse, l'esprit pratique trouve des solutions concrètes, l'esprit curieux explore et connecte, l'esprit intuitif anticipe et innove, l'esprit imaginatif rêve et crée, et l'esprit non-conformiste défie les normes. En réalité, nous possédons souvent une combinaison de ces esprits. Cultiver sa créativité implique d'embrasser ses forces et de s'ouvrir à d'autres perspectives pour maximiser son potentiel et contribuer significativement à la société.
C’est à Luc de Brabandère, philosophe d’entreprise originaire de Belgique, que nous devons l’application la plus limpide du concept d’induction et de déduction, appliquée à notre manière de penser en entreprise. Ces deux mouvements de la pensée sont indispensables pour distinguer la pensée « logique » de la pensée « heuristique ».
Prenons un exemple très simple. Si je vous demande « 1+1=… », vous allez me répondre « 2 ». Cette réponse est logique. Elle est vérifiable. Elle est non-négociable. Elle est universelle. Elle ne dépend ni de votre culture, ni de votre éducation, ni de votre expérience. Elle est durable, sûre. Elle est la conséquence logique d’un raisonnement qui repose sur une série de propositions sans équivoque. Bref, la réponse « 2 » est déductive. Or elle n’a pas que des avantages.
Le premier inconvénient, c’est que cette réponse est pauvre. Dans le sens où elle ne produit pas de nouveauté. Si votre stratégie d’entreprise repose sur une réponse déductive, que vous avez vérifiée dans le marché (ex. Il faudrait baisser nos prix), il fort est à parier que vos concurrents ont en main la même réponse.
Le second inconvénient, c’est que cette décision repose sur un raisonnement si simple et si prévisible qu’un ordinateur peut le faire à notre place. Un algorithme pourrait prendre des millions de décisions de ce genre à la seconde. La pensée humaine et sa créativité ne peuvent pas rivaliser avec cette puissance. Non… notre cerveau… lui… a mieux à faire.

Si je vous demande « qu’est ce que deux évoque pour vous? », alors des milliers de réponses peuvent fuser. C’est une question que nous avons régulièrement posée en atelier, et la variété des réponses n’a jamais cessé de m’étonner. Une fois passées les réponses attendues : vélo, moto, et tous les engins à deux roues… Les mains, les pieds et toutes les parties du corps qui « viennent par deux »… Les expressions mathématiques (1+1, 8:4… on a même entendu racine carrée de racine carrée de 16)… arrivent les propositions plus personnelles « Léa et Lola, mes jumelles », mais aussi un souvenir de voyage, un film… j’ai même entendu « D’eux », l’album de Céline Dion.
Ce pouvoir d’évocation est puissant. Les philosophes diraient que l’induction part de l’effet pour remonter jusqu’à la cause. C’est le raisonnement inverse à la déduction. On part de la réponse pour inventer la question. On part de la solution pour inventer le problème.
D’une observation, on peut inventer une loi générale. Le problème? Cette réponse est fragile (hâtive dirait le philosophe). Elle n’est pas sûre. Elle n’est pas toujours vraie, vérifiable, durable. Elle n’est qu’un début de raisonnement. Mais l’incroyable avantage, c’est qu’un ordinateur ne peut pas penser de manière inductive - j’entends d’ici les chantres de l’intelligence artificielle me démentir et promouvoir les avancées incroyables des ordinateurs dans ce domaine. Le problème, c’est que ces machines à pensées ont forcément été programmées par des humains pour suivre un chemin inductif précis. Ou du moins elles ont été programmées avec un certain type de raisonnement…. Or nous ne savons pas tout à fait comment notre cerveau arrive à produire cette induction. C’est le mystère de la création que les humains n’ont jamais su percer… ils n’ont donc pas pu programmer un ordinateur pour penser de cette manière.
Chez Perrier Jablonski , nous préférons parler de la réponse « vraie » de la réponse « possible ». La première a l’avantage d’être vérifiable, mais l’inconvénient d’être prévisible. La seconde a l’inconvénient d’être discutable et fragile… mais l’incroyable avantage d’être créative, originale, inusitée. Nous avons observé que les entreprises les plus innovantes étaient aussi celles qui savaient faire "danser" ces deux modes de pensée ensemble.
Toutes les organisations ont besoin des deux modes de pensée. Or, force est de constater qu’elles sont souvent dirigées par des esprits doués de déduction, qui savent faire des promesses rationnelles. Finance, droit, production… Toutes des fonctions où la réponse « vraie » est attendue. Or ce sont les métiers les plus menacés par l’intelligence artificielle, qui feront bientôt ce travail à leur place.
De l’autre côté, la véritable innovation provient d’esprits plus libres, plus agiles, plus à l’aise dans le flou et le doute. Ces esprits sont capables de créer, d’inventer, de surprendre. Au risque de surprendre… peut-être… mais au risque aussi de créer une valeur inédite pour votre entreprise.
Nous sommes le 14 mars 1914. Nueva est une jeune femelle chimpanzé de Ténérife. Isolée des autres animaux, enfermée dans une cage, elle est l’objet de toutes les attentions du psychologue allemand Wolfgang Köhler. Nueva s’ennuie. Elle gratte le sol, déplace des peaux de bananes pour les former en petit tas, tourne en rond. Elle voit alors un bâton négligemment posé sur le sol. Elle le saisit et le jette à l’autre bout de son enclos. Dix minutes plus tard, on place des fruits sur le sol, en dehors de la cage, hors de sa portée. Elle s’approche, tend le bras à travers les barreaux, tente de saisir les fruits, sans succès. Alors elle geint. Elle se plaint. Elle se lamente. Elle grimace, toutes babines retroussées. Geste de désespoir ultime, elle s’enlace elle-même et se laisse tomber sur le dos, avant de poursuivre ses plaintes. Sept minutes plus tard, elle aperçoit le bâton qu’elle avait jeté un peu plus tôt. Elle le regarde fixement. Cessant de gémir, elle l’observe, le scrute. Lentement, elle s’approche et le saisit, avant de le passer maladroitement entre les barreaux de sa prison, à destination des fruits. Après quelques essais malhabiles, elle parvient à rapprocher les fruits de sa cage, grâce au bâton. L’expérience est répétée plusieurs fois, à une heure d’intervalle. À chaque fois, le grand singe va immédiatement chercher le bâton pour ramener les fruits dans la cage, et l’opération semble de plus en plus aisée.
Cette découverte est révolutionnaire. Alors que rien n’avait préparé Nueva à cette expérience, alors que ni ses apprentissages dans la nature, ni l’observation de ses congénères, ni aucune forme d’entraînement n’eurent pu influencer l’animal, Nueva venait de faire la démonstration historique de notre capacité de découverte et d’invention. Glisser un bâton entre deux barreaux, placer le bout du bâton derrière les fruits, appliquer un geste précis pour ramener les fruits vers soi, autant de gestes nouveaux, révolutionnaires, autodidactes.
C’est à Sultan d’entrer en scène, dans une expérience parfaitement similaire à celle de Nueva, à la différence qu’on remplace le bâton par un arbuste, trop gros pour être déplacé ou servir d’outil. On place encore des bananes hors de la cage, hors de portée du grand singe, cette fois-ci dépourvu d’un bâton pour l’aider. Après quelques minutes d’observation, Sultan considère l’arbuste et l’observe. Il se dirige vers les bananes qu’il ne parvient pas à saisir. Après quelques essais infructueux de son bras décidément trop court, le singe se retourne d’un coup. Il fixe l’arbuste et d’un pas décidé il se dirige vers lui. D’un geste sûr, il casse une branche, retourne vers le bord de sa cage et glisse la branche feuillue entre les barreaux. De quelques gestes habiles, l’animal ramène à lui les bananes, qu’il va enfin pouvoir manger. Sans dressage, sans habitude, sans apprentissage par ses congénères, sans historique d’un problème similaire à résoudre, sans démonstration d’une pareille solution dans sa mémoire, et sous les yeux de Köhler, l’animal vient d’inventer l’outil.
Troisième acte, troisième acteur. Koko. Mêmes conditions, même expérience. Bananes hors de portée. Arbuste comme solution potentielle. Résultats similaires. A la différence de Sultan, Koko va habilement prendre le temps d’effeuiller la branche d’arbre. Dans une concentration absolu, sans gestes aléatoires, erratiques ou ludiques, le singe travaille son ouvrage : la fabrication d’un bâton. L’opération est répétée et chaque fois, on observe que le singe est déterminé. Il agit dans un but déterminé, avec des gestes prémédités, et même une cadence quasi productive.
Revenons sur cette séquence au ralenti, et tentons d'en comprendre la mécanique...
D'abord on peut observer que Nueva était consciente d’un problème à résoudre : les fruits étaient hors de portée. La solution connue — tendre le bras autant que possible — étant inefficace, il fallait inventer une alternative valable. Le bâton. Gratter le sol. Rapprocher les fruits. Elle venait non seulement de créer un rapport nouveau entre ces trois concepts, mais elle venait de donner une utilité à ce nouvel ensemble. Bref, Nueva venait d’inventer l’outil. Et personne ne lui avait jamais montré comment. Sans doute venait-elle de découvrir une capacité cachée en elle, mais le bâton, lui, venait d’être inventé en tant qu’outil. Wolfgang Köhler avait trouvé un nom à ce moment d'illumination : l'insight — un mot que personne n'avait utilisé avant lui. L'insight, c'est le moment de la trouvaille, ce n'est pas la trouvaille elle-même.
Ensuite, Nueva avait appris à ramener vers elle des fruits placés hors de la cage, mais à sa portée. Ensuite, elle avait appris à gratter le sol avec sa main, puis jouer avec un bâton. Mais dans cet instant auquel nous venons d’assister, Nueva a créé un lien nouveau entre le bâton, gratter la terre et rapprocher un objet éloigner. En d’autres mots, Nueva venait d’inventer un outil pour allonger son bras. Dans les années 60, Arthur Koestler donnera un nom à ce moment où deux matrices se percutent, la bisociation.
Troisième leçon, l’importance du jeu. Avant son invention, Nueva n’avait jamais vu le bâton comme un outil. Il ne s’agissait au mieux que d’un objet ludique. Mais par essais-erreurs, Nueva venait de transformer le jeu en un apprentissage nouveau et mystérieux. Encore une fois, aucune habitude, aucune aide extérieure, aucun mimétisme n’avait préparé Nueva à cette découverte.
Quatrième leçon, l’invention. Sultan avait été capable de percevoir l’arbre comme un outil potentiel. Il avait été capable de métaphore. Même si l’arbre n’est pas un outil, il pourrait devenir un outil. Il avait su percevoir un potentiel, imaginer ce qui n’était pas encore le réel.
Cinquième leçon, la technique. Nueva ne réussit pas du premier coup à rapporter les fruits grâce au bâton. Ses gestes étaient maladroits. Mais après plusieurs tentatives, et quelques heures seulement, non seulement les gestes étaient plus précis et plus décidés, mais aussi le bâton n’était plus un sujet de questionnement pour l’animal. Au fil des tentatives, elle se saisissait du bâton sans aucune hésitation. La solution était devenue un réflexe, et Nueva avait intégré sa découverte comme si elle avait toujours été là, en elle, comme s’il s’était s’agit d’un instinct hérité. Cette aisance avait été acquise par l’action répétée du même geste, par la technique. Au fur et à mesure de ses tentatives, Nueva avait développé son adresse et sa confiance. Oubliée la crise de baboune, les plaintes et la frustration. La solution était là, encastrée dans l’esprit du grand singe, à disposition.
Sixième leçon, la production. Koko avait non seulement perçu le potentiel de l’arbre, mais plus fort encore, il a su produire un outil semblable au bâton, en retirant les feuilles. En se concentrant à la tâche. Ce n’était ni un jeu ni le fruit du hasard. C’était une action déterminée, décidée, bref, réfléchie.
Voici quelques extraits rarissimes, qui proviennent des enregistrements originaux de Kohler :
La méthode SCAMPER trouve ses origines dans les travaux de plusieurs penseurs et chercheurs dans le domaine de la créativité et de la résolution de problèmes. Le concept initial a été développé par Alex Osborn, un publicitaire américain et co-fondateur de l'agence de publicité BBDO. Osborn a introduit l'idée de la pensée divergente et des techniques de brainstorming dans son livre de 1953, "Applied Imagination". Bob Eberle, un éducateur et auteur américain, a ensuite adapté et étendu les idées d'Osborn pour créer la méthode SCAMPER. Eberle a présenté cette méthode dans son livre de 1971, "SCAMPER: Games for Imagination Development".
Si au départ la méthode SCAMPER a été conçue pour aider les enseignants et les élèves à stimuler leur créativité et à développer des compétences en résolution de problèmes, elle est aujourd'hui appliquée partout, notamment en design, en ingénierie, en innovation et en gestion de projet.
De quoi parle-t-on au juste? L'idée est de générer des idées à la volée, rapidement et sans trop d'effort, en partant d'une idée existante que l'on va transformer. Transformer comment? Nous avons sept consignes à suivre : Substituer, Combiner, Adapter, Modifier, Permettre un autre usage, Éliminer et Renverser — traductions libres de Substitute, Combine, Adapt, Modify, Put to another use, Eliminate, et Reverse.
Dans cet article, nous allons suivre l'exemple du stylo BIC. Nous allons le faire passer dans la "machine SCAMPER". Mais nous allons aussi profiter de l'occasion pour souligner l'ingéniosité, l'inventivité et même le génie québécois, à travers les si nombreuses inventions "d'ici" qui ont changé le monde. Rien de moins!

On pourrait substituer l'encore noire par de l'encre fluorescente, et inventer le marqueur. Ici, l'idée est de remplacer un élément par un autre, et d'imaginer ce que ça donne. Si, dans notre exemple de stylo bic, on substitue la couleur de l'encre par une autre couleur, alors on réinvente son usage...


On pourrait combiner deux objets en un : l'un pour écrire, l'autre pour effacer, et inventer un stylo-correcteur. Ici, l'idée est de fusionner deux produits en un, deux services en un. C'est le syndrome de "qui fait aussi". La montre qui fait aussi podomètre. La radio qui fait aussi réveil. Le couteau qui fait aussi tire-bouchon.


Et si on adaptait notre stylo pour un public précis — comme ici les enfants — qui ont une petit main et moins de force. Ici, l'idée est de modifier votre produit de façon à ce qu'il s'adapte à un certain public. Attention, cela ne veut pas dire que cette nouvelle invention sera uniquement dédiée à ce public-précis. Mais que les besoins particuliers de ce public révèlent un besoin latent pour le reste de la population, qui n'aurait pas nécessairement nommé ce besoin.


Et si on modifiait notre stylo avec plus de liberté? Pourquoi pas un stylo à deux couleurs? Trois? Quatre? Ici on veut changer la forme, la taille, la couleur, ou d'autres aspects d'un produit pour le rendre plus attrayant ou fonctionnel. L'idée? Élargir le champs des possibles!


Et si on faisait autre chose de notre stylo? L'idée ici, c'est le détournement. Utiliser un produit ou un concept existant dans un nouveau contexte. Et si on s'en servait pour se maquiller?


Et si on éliminait le plastique? Et tiens... et si on retirait l'encre, aussi? On pourrait inventer le crayon à papier — ou crayon de bois — qui, vraisemblablement existait avant... mais c'est juste un exemple. Comment pourrait-on imaginer un nouveau produit en retirant quelque chose de vital à son fonctionnement?


Notre stylo écrit? Alors il va effacer! L'idée est de dire blanc quand c'est noir, et noir quand c'est blanc. Votre produit est payant? Que faudrait-il inventer pour qu'il puisse être gratuit? Il est gratuit? Que faudrait-il améliorer pour que les gens soient prêts à payer pour? Choisissez une caractéristique, et inversez-la.

Et voilà! Au fil de mes exemples, vous avez peut-être eu le réflexe de reclasser tel ou tel exemple dans telle ou telle autre catégorie. C'est normal. Tout cela n'est pas scientifique, mais plutôt un jeu. L'idée est de produire un maximum de volume d'idées nouvelles... et de trier plus tard.
Recherches : Sandra Chaput-Carrier
C’est à Alex Osborn, le « O » de la grande agence BBDO, que l’on doit l’idée de se rassembler pour avoir des idées. Nous sommes bien avant l’essor de la publicité dans les années 50-60. L’idée d’Osborn de réfléchir ensemble (qu’il a eue seul, donc) est publiée dans Applied Imagination en 1953.
Après plus d’un demi-siècle de brainstorming, on observe aujourd’hui des dérapages qui ont fini par déformer l’usage ou les règles d’un brainstorming. Voici donc quelques rappels bien utiles pour mener un brainstorming… bien utile.
Il s’agit d’une pièce en trois actes, avec un prologue et un épilogue.
Les participants doivent avoir fait un travail de réflexion solitaire avant de se présenter au brainstorming. Nous en avons parlé longuement dans notre article Autopsie d’une idée qui tue. Cela permet de démarrer avec des idées à partager dès les premières minutes.
D’abord, il s’agit de « se vider » de nos idées préparées. Si l’expression n’est pas très élégante, elle représente parfaitement ce moment nécessaire où les participants lancent des idées. Un maximum d’idées. C’est la quantité qui compte. Ces idées sont souvent évidentes, génériques, déjà vues, ou bien carrément mauvaises. « Ce premier bout est plate et souffrant » explique Philippe Comeau, créatif, concepteur et réalisateur. « Mais c’est absolument nécessaire »
L’intention du travail de groupe, c’est que ton idée m’inspire des idées. Même floues ou mauvaises, les idées des autres sont une inspiration pour soi. Comme le dit Alexis Cadieux de l’École Nationale de l’Humour « une mauvaise idée peut devenir de l’engrais pour une idée à venir ». On appelle aussi ça le choc bisociatif (inventé par Arthur Koestler) et décrit dans notre article Le processus créatif, par Nueva, Sultan et Koko.
Il arrive un moment où le groupe s’épuise et où la qualité diminue brutalement « C’est le signe qu’il faut arrêter » explique Nadine Maturin, enseignante à l’École Nationale de l’Humour.
Dans un dernier temps, séparé des trois premiers, il convient de faire le tri, de donner de l’amour et de l’attention aux meilleures idées, de les peaufiner et de les pousser. Il existe plusieurs manières de sélectionner des idées, la diversité des participants est importante pour s’assurer que si l’unanimité s’exprime, elle est garante de la qualité de l’idée sur la base de plusieurs regards différents.
Pour finir, voici les principes qui vont vous assurer d’un meilleur brainstorming
❶ Des gens de confiance, qui ont fait leur part « solitaire » avant de vous rejoindre.
❷ Visez la quantité, n’essayez même pas de privilégier telle ou telle idée en cours de brainstorming.
❸ L’absence de jugement est fondamentale pour qu’une mauvaise idée ait la chance de voir le jour et d’inspirer quelqu’un d’autre. Allez-y fort! Mieux vaut dire n’importe quoi que rien.
❹ La sécurité psychologique est absolument nécessaire. Pas de hiérarchie, pas de menace ou d’évaluation. Pour se libérer, l’esprit doit se sentir en sécurité. Pour se libérer, les mots doivent se sentir libres.
❺ Faites parler tout le monde. Si c’est plus difficile pour certains, trouvez d’autres moyens d’expression pour laisser les idées sortir.
Je dois beaucoup à Luc de Brabandère. Il m’a fait découvrir la philosophie. Il m’a surtout montré qu’elle pouvait — qu’elle devait ? — jouer un rôle concret dans les organisations d’aujourd’hui.
Luc de Brabandère est philosophe, mathématicien et consultant. Mais surtout : penseur de la pensée. Depuis plus de vingt ans, il explore ce qu’il appelle la mécanique des idées, cette gymnastique intellectuelle qui permet aux entreprises — et à ceux qui les dirigent — de voir autrement, de penser autrement, donc d’agir autrement.
Il n’enseigne pas quoi penser, mais comment penser. À travers ses écrits, ses conférences et ses missions chez Boston Consulting Group, il a popularisé un concept devenu central dans la réflexion stratégique contemporaine : la boîte. Pas celle qu’on coche dans un formulaire. Celle dans laquelle on pense sans s’en rendre compte. Celle qui délimite notre vision du monde… jusqu’à ce qu’on la change.
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Dans une certification proposée par L’École Centrale de Paris, Luc propose un exercice que je lui ai emprunté dans de nombreux ateliers stratégiques. Il permet de répondre à une question simple et dérangeante : quel est votre vrai métier ? Un exercice d’induction, de déduction et de déplacement mental — pour retrouver de l’espace dans notre stratégie, et de l’oxygène dans nos idées.
Avant de commencer, deux mots sur les outils de pensée qui vont nous servir ici : l’induction et la déduction.
La déduction, c’est ce que nous faisons presque tous les jours. On part d’un cadre, d’une idée ou d’une règle — notre modèle mental — et on en tire des conséquences. Exemple : mon métier, c’est l’hôtellerie. Donc je vais améliorer l’accueil, revoir mes chambres, optimiser mes services. On reste dans la boîte.
L’induction, à l’inverse, commence dans le réel. On observe le monde, les signaux faibles, les comportements des clients, les frictions invisibles. Et on essaie d’en faire émerger une nouvelle manière de penser ce qu’on fait. C’est plus risqué, moins balisé — mais infiniment plus fertile. C’est le mouvement vers une nouvelle boîte.
En stratégie comme en créativité, la clé est souvent là : savoir quand déduire pour affiner, et quand induire pour se réinventer.
Voici comment ce basculement s’est produit chez Bic. Et surtout : comment vous pouvez, vous aussi, l’utiliser pour penser autrement votre propre organisation.
Nous sommes juste après la Seconde Guerre mondiale, dans une France en reconstruction. En 1945, Marcel Bich, un industriel d’origine italienne, crée avec Édouard Buffard la société PPA à Clichy, spécialisée dans les pièces pour stylos. Visionnaire, Bich repère rapidement le potentiel du stylo à bille, alors balbutiant. En 1949, il rachète la licence du procédé mis au point par László Bíró, qu’il perfectionne grâce à des techniques issues de l’horlogerie. En 1950, il lance le Bic Cristal, un stylo simple, fiable, économique — conçu pour être vendu en masse et jeté après usage. Dès 1953, la marque BIC (sans le h final de Bich) est officiellement lancée. En quelques années, le Bic Cristal s’impose dans les trousses scolaires, les bureaux et les poches du monde entier. Ce n’était pas un simple produit : c’était la naissance d’un nouveau modèle industriel, et d’un imaginaire du quotidien.
Et puis un jour, une autre question a surgi chez Bic. Et si notre métier n’était pas l’écriture ? Ce simple déplacement a tout changé. Il a ouvert une nouvelle boîte. Une boîte qui permettrait à l’entreprise de sortir de son cadre historique… et d’inventer autre chose.
Voici l’exercice, étape par étape.
Commencez par une phrase simple : « Nous faisons… », « Nous sommes dans l’industrie de… », ou « Notre métier, c’est… ». Restez concret, évident, simple, vrai. C’est l’actuel, pas le désiré.
Par exemple, Bic aurait pu écrire : « Notre métier, c’est l’écriture. » Cette définition oriente naturellement les décisions à venir.
Complétez ensuite : « Voici ce que nous faisons présentement… », par déduction. Ce mouvement est logique. Il illustre, il détaille. Il reste dans le cadre. Chez Bic, au début des années 70 : « Notre métier, c’est l’écriture, et voici ce que nous faisons présentement : des stylos-bille, des stylos microfilm, des stylos quatre couleurs, des stylos-mines, des surligneurs, mais aussi du correcteur liquide, etc. »
Faites une liste la plus exhaustive possible de vos produits et services actuels.

Voici la bascule. On oublie la phrase « notre métier, c’est… » et on regarde la liste autrement. Que fabriquons-nous vraiment ?
Toutes les réponses sont bonnes à ce stade. Il faut multiplier les hypothèses.
Chez Bic, la conversation aurait pu aller dans tous les sens : « On fait des objets jetables ? Des accessoires de bureau ? Des objets bon marché ? Des achats d’impulsion ? Des objets qui tiennent dans la main ? »
Ce moment est le cœur de l’exercice. C’est ici que naissent les nouvelles boîtes.
Choisissez l’hypothèse qui vous semble la plus fertile.
Chez Bic, c’est l’idée d’« objet jetable » qui prend le dessus. L’entreprise n’est plus un acteur de l’écriture, mais un spécialiste des produits à usage unique, fonctionnels, bon marché. Cette décision a changé le destin de Bic. « Notre métier, c’est le jetable » était peut-être une bonne idée en 1970, mais serait difficile à défendre en 2025.

Une fois la nouvelle boîte choisie, on en tire des idées. Si notre métier est le jetable, alors on peut imaginer : des rasoirs, des briquets, des accessoires de voyage, des kits d’hygiène, des objets saisonniers.
Ce ne sont plus des variantes du même produit. Ce sont des propositions nouvelles, alignées sur une nouvelle définition du métier.
Ce nouveau cadre est-il cohérent avec vos compétences ? Est-il crédible pour vos clients ? Enthousiasmant pour vos équipes ? S’il résiste à ces trois filtres, vous venez peut-être de redéfinir votre métier.
Et même si vous n’inventez rien de nouveau tout de suite, vous avez désormais une autre manière de penser ce que vous faites.

On parle souvent de sortir de la boîte. Mais encore faut-il savoir de quelle boîte on parle — et par quoi la remplacer. L’exercice proposé par Luc de Brabandère n’est pas une gymnastique intellectuelle. C’est un outil pour transformer nos évidences en choix. Et parfois, ces choix redéfinissent tout : le métier, le cap, l’histoire qu’on se raconte.
Pour réaliser la puissance de ce genre de démarche, je vous conseille un article que nous avons consacrés à La Poste française, qui s'est totalement réinventée en deux décennies : La Poste : l’incroyable réinvention d’un géant.