




Nazareth est une chercheuse renommée dans le domaine des neurosciences. Elle est diplômée en physique théorique et titulaire d'un doctorat en neurosciences de la faculté de médecine de l'Universidad Autónoma de Madrid. Pendant plus de 20 ans, elle a mené des recherches sur l'activité du cerveau dans des centres universitaires prestigieux tels que le King's College de Londres et l'Institut Max Planck en Allemagne. Très prolifique, elle publie régulièrement dans des revues scientifiques et elle a aussi écrit l'ouvrage à succès "El espejo del cerebro" (Le miroir du cerveau)❶.

Un sens est une capacité. La capacité de percevoir la lumière et les couleurs, les sons, les saveurs, les odeurs ou encore les sensations tactiles. Les travaux de Nazareth l’ont menée à découvrir que nous avions deux autres sens : la proprioception et l'intéroception❷. Ces sens sont tournés vers l'intérieur, alors que l'on considérait jusqu'ici uniquement les sens qui nous permettent de sentir le monde extérieur — aussi appelé l'extéroception (qui rassemble les cinq sens usuels).
C'est notre capacité à percevoir la position et le mouvement de notre corps dans l'espace. C'est la capacité de notre système nerveux à recevoir des informations provenant de récepteurs sensoriels spécialisés (connus sous le nom de propriocepteurs), situés dans nos muscles, tendons, ligaments et articulations. Ces récepteurs détectent diverses informations, comme le mouvement, la tension et l'étirement, qui sont ensuite transmises au système nerveux central (le cerveau et la moelle épinière) pour traitement.
La proprioception est liée à d'autres types de sensibilités : la kinesthésie (la perception du mouvement du corps) et l'équilibre vestibulaire (qui nous aide à maintenir notre équilibre), et elle nous permet de faire toutes les activités de la vie quotidienne comme marcher sans y penser, attraper un objet, se tenir en équilibre ou se gratter l'oreille.
C'est notre capacité à ressentir l'état interne de notre corps. Cela comprend des sensations comme la faim, la soif, la douleur, mais aussi des sensations plus subtiles comme le battement de notre cœur ou la sensation de notre respiration. L'intéroception joue un rôle crucial dans la régulation de nos émotions et de notre humeur. Des recherches ont montré que les personnes qui ont une meilleure capacité d'intéroception sont généralement mieux à même de réguler leurs émotions et ont une meilleure santé mentale. Cela est probablement dû au fait que l'intéroception nous permet de mieux comprendre et répondre à nos besoins physiques et émotionnels.
L'intéroception est donc un système de feeback permanent qui renseigne votre cerveau sur votre état général, qui surveille vos douleurs ou vos inconforts en arrière-plan, dans le subconscient.
Au même titre que les organisations ont fait des efforts considérables sur l'expérience sensorielle des employés au bureau (lumière, qualité de l'air, etc.), elles vont pouvoir désormais s'intéresser à ces nouveaux sens. Certaines d'entre elles proposent déjà des séances de yoga ou de pleine conscience, excellentes pour l'intéroception. Mais cela va beaucoup plus loin.
La posture et le visage, en particulier, vont jouer un rôle important sur notre moral. "Si j'ai un visage en colère, le cerveau interprète ce visage comme étant en colère et active donc les mécanismes de colère", a déclaré Mme Castellanos, citée dans un article de la BBC❸. De la même manière, "lorsque le corps a une posture triste, le cerveau commence à activer les mécanismes neuronaux de la tristesse".
Cette découverte a non seulement des impacts majeurs sur la qualité de la posture (postes de travail, qualité de l'assise, etc.), mais aussi sur votre capacité à faire passer des idées, à "parler avec votre corps". Si vous êtes avachi, courbé, replié sur vous-même, alors cette posture va avoir des conséquences sur votre moral... Et ce moral va se transmettre à votre auditoire par les neurones miroirs.
Si cette découverte scientifique est nouvelle et va permettre de nouveaux champs de recherche en psychologie, en sociologie ou encore en philosophie, l'observation de ce phénomène n'est pas récente. La "théorie de la rétroaction faciale" est attribuée au psychologue américain William James et au physiologiste danois Carl Lange, au 19e siècle. Selon cette théorie, nos expressions faciales ne sont pas seulement le résultat de nos émotions, mais peuvent aussi influencer nos émotions. Autrement dit, le simple fait de sourire peut nous rendre plus heureux.
Notre corps a donc un pouvoir important sur notre cerveau et tous les deux interagissent bien plus qu'on ne le pensait auparavant. Nazareth va plus loin encore en affirmant que "les cinq sens les plus connus, le goût, l'odorat, etc., sont les moins importants pour le cerveau".
Avant d'investir massivement dans l'intelligence artificielle, voici quelques conseils pour investir dans l'intelligence naturelle de votre équipe... et de vous-même, suite à ces découvertes fascinantes :
La chercheuse espagnole Nazareth Castellanos a révélé que les humains ont sept sens, et non pas seulement cinq. Nous sommes aussi capables de proprioception (capacité à percevoir la position et le mouvement de notre corps dans l'espace) et d'intéroception (capacité à ressentir l'état interne de notre corps). Ces deux sens jouent un rôle crucial dans notre vie quotidienne et ont des implications importantes pour la gestion des émotions et la santé mentale. Mieux les connaître, c'est s'apprêter à devenir un meilleur gestionnaire, ancré dans le réel et sensible à la puissance de nos cerveaux.
Nous sommes dans les années 90. L’équipe du chercheur Giacomo Rizzolatti, professeur de physiologie humaine, est affairée autour d’un singe couvert de capteurs. L’expérience avait pour but de comprendre quels neurones moteurs étaient mobilisés lors d’un geste simple : celui de saisir une cacahuète. À chaque prise, l’influx nerveux était détecté dans le cerveau de l’animal. Par accident, un membre de l’équipe de chercheur saisit une cacahuète… et l’équipe découvre avec stupéfaction que le signal nerveux dans le cerveau du singe était le même que s’il avait fait le geste lui-même. Les neurones miroirs étaient découverts.
C’est à cause d’eux que vous bâillez quand vous voyez quelqu’un bâiller, ou que vous ressentez une émotion intense quand votre chanteuse préférée interprète votre chanson favorite. Ils sont aussi responsables d'un de nos plus puissants moteurs d'apprentissages: l'imitation. Souriez à un bébé et il vous sourira. Faites la baboune à votre client, et vous savez à quoi vous attendre. Les neurones miroirs sont les neurones de l’empathie, et ils ont un pouvoir hallucinant : vous pouvez commander les émotions de vos interlocuteurs.

Dans une expérience menée par Hugo Théorêt, neuropsychologue à l’Université de Montréal, on fait défiler des visages expressifs devant une candidate bardée de capteurs neuromusculaires pour mesurer l’activité de certains muscles du visage. De manière parfaitement inconsciente et imperceptible, le sujet sourit devant un visage qui sourit, et se fronce devant un visage en colère. Dans le cerveau, même constat, les régions limbiques (associées aux émotions) sont activées comme si le sujet ressentait lui-même cette émotion. Autrement dit, vos émotions sont contagieuses.
Si vous entrez dans une salle de réunion avec la misère du monde entier sur vos épaules, il se pourrait bien que vos mauvaises ondes soient transmises à tout le monde… alors que personne n’a mérité ça, et que vous avez un pitch à faire. Pensez au théâtre. Vous montez sur scène, et vous êtes quelqu’un d’autre. Les gens sont contents de vous voir, ils vous ont confié ce qu'ils ont de plus cher au monde : leur temps... Alors ils valent bien une risette.
Ne vous inquiétez pas, cet article de va pas parler de langage corporel ou de la science appelée synergologie, qui semble ne pas en être une, du moins pas autant que ses défenseurs semblent le prétendre — pour faire clair, il a déjà été déterminé que la synergologie est une vaste supercherie, comme l'explique ici Patrick Lagacé dans La Presse.❶ Ne voulant pas trancher dans ce débat épineux — puisqu’il concerne entre autres la formation continue des avocats et des policiers et, qu’en toute franchise, je ne veux des problèmes ni avec les premiers ni avec les seconds — je vais m’en tenir à quelques personnalités publiques connues pour leurs tics gestuels, et quelques conseils concrets pour occuper vos membres pendant que vous parlez.
Bill Clinton avait un problème à régler. En public, il n’arrivait pas à contrôler ses mains — en privé non plus, mais c’est un autre sujet. Il faisait toujours de grands gestes exagérés pour illustrer ses propos. Son équipe lui a alors suggéré le cube de verre. Il s’agit d’un cube imaginaire dans lequel on doit s’imaginer être enfermé. Ainsi, nos mains ne peuvent pas s’écarter de plus de 50 cm de nos flancs. Cette prison invisible contraint les gestes et permet à l’auditoire d’être plus concentré sur le discours.
Steve Jobs avait une manie très rassurante : il donnait ses explications en caressant un ballon de soccer invisible. Cela ancre votre corps dans l’espace et concentre l’attention de votre auditoire.
Barack Obama fait souvent ce geste de placer ses mains devant lui, paumes vers le bas. Cela enracine vos idées dans le concret (vers le sol). Et c’est aussi un geste d’appel au calme et de sérénité.
Oprah Winfrey fait l’inverse de l’ex-président, comme une prière, les paumes tournées vers le ciel. Cela vous permet de souligner l’évidence ou l’extravagance d’un propos, de mimer la reconnaissance ou la chance, ou plus généralement d’accueillir.
Les mains jointes au bas du torse, les pouces accolés vers le haut, les autres doigts offrant une parfaite symétrie : le losange d’Angela Merkel est devenu une figure iconique. Cette posture exprime la stabilité et la force. C’est précis, fermé et ce geste rassure le public. Il est aussi appelé le Merkel diamond, Merkel-Raute ou encore Triangle of Power.
Pour mieux connecter avec l’auditoire, se pencher vers lui est une technique souvent utilisée par Sheryl Sandberg, directrice des opérations de Facebook et par Jeff Bezos, fondateur d’Amazon. Cela exprime une confiance naturelle et une volonté de s’ouvrir au public. Se pencher, c’est indiquer son écoute et son engagement.
Quand certaines personnes sont trop nerveuses, elles ont tendance à agiter leurs mains dans tous les sens. Pour paraître plus tranquille et sûr de soi, un des moyens consiste à les joindre en une pyramide souple. Il ne faut cependant pas en abuser ou l’associer à des expressions faciales de domination ou de suffisance. L’idée est de montrer la détente, pas le contentement de soi.
Si vous n’osez pas vous déplacer, c’est une posture sûre. Elle est connue dans les arts de la scène pour assurer une position solide et stable (en même temps qu’une respiration efficace). Elle permet surtout de s’ancrer et d’éviter les mouvements parasites.
Il existe plusieurs plateformes de vidéoconférence. En ce moment, celles dont on entend le plus parler sont Zoom, Meet de Google, Teams. Il y a aussi les traditionnels Facetime, Messenger et Skype... Chacune de ces applications peut offrir différentes fonctions: facilité d'utilisation, partage d'écran, partage de documents, sécurité des données, enregistrement de la réunion, nombre de participants, etc. C'est à vous de voir ce qui est important pour vous... et surtout pour votre client.
Une fois que vous vous êtes entendus sur une plateforme, pour une expérience plus stable et plus complète, préférez l'utilisation de l'application plutôt que la version web. Ensuite, c'est l'heure des tests techniques. Faites des tests. D'abord seul pour apprivoiser la plateforme, puis, re-faites encore des tests avec des amis ou votre conjoint.e. pour tester les fonctions. Ensuite, préparez votre client: envoyez-lui un petit guide de connexion, avec les grandes étapes et les infos pratiques puis partagez les documents que vous consulterez ensemble.
Ne vous leurrez pas, il y aura des problèmes techniques. Prévoyez du temps au début de la réunion pour les ajustements. Cela réduira le stress de tout le monde. Et surtout, ayez un plan B: gardez le numéro de téléphone de votre client près de vous et appelez-le si cela devient trop compliqué.
Et pour une réunion plus confortable, vous pouvez faire appel à un "facilitateur", qui peut gérer pour vous la technique et la zone de clavardage. Ceci est essentiel si vous êtes en mode "conférence" pour un groupe de personnes.

Dans un échange, plusieurs éléments rentrent en compte pour que le message soit bien compris, seulement 7% passent par les mots. 38% par la voix, grâce aux éléments prosodiques (le rythme, l'intonation, la prononciation, l'accent, etc.) et les 55% restants, c'est le non verbal (le regard, les mimiques, les gestes, le maintien). Alors, dans une vidéoconférence, quand notre message est bien préparé, comment s'assurer que l'on tienne compte de tout le reste
L'attention de l'interlocuteur est concentrée sur vous, il vous voit en plein écran. Le décodage est bouleversé, car l'attention de tous est divisée entre le virtuel et le réel: votre conversation et ce qui se passe autour (les enfants à surveiller, le chat qui passe, le facteur qui sonne). Voici donc quelques conseils pour vous aider à mettre toutes les chances de votre côté. Ces conseils sont basés sur un équilibre entre être professionnel et rester authentique. Le brief: imaginez que vous allez prendre un café avec votre client un samedi matin.


Un plus Utilisez des écouteurs. Votre client n'aura pas le doute que quelqu'un d'autre autour de vous entend votre conversation. Et pour vous assurer d'être le moins dérangé possible, prévenez votre entourage.

Si votre entreprise a survécu à une crise, j'ai deux bonnes nouvelles pour vous. D'abord, vous êtes encore en vie. Ensuite, votre entreprise est encore en vie. Le paradoxe, c'est que vous êtes en vie, mais vous êtes en deuil...
D’abord, vous allez vivre le deuil de ce que votre organisation a été, et de ce qu’elle ne sera plus. Les phases du deuil sont bien documentées en psychologie, et elles s’appliquent aussi à votre organisation. La durée et l’intensité de chaque phase dépendent de chacun et de chaque situation.
Certainement une période dans laquelle nous sommes tous encore. “Ça ne va rien changer... tout reviendra comme avant”. Notre esprit n’a pas été habitué à vivre dans un monde où les avions ne volent plus, où les gens ne vont plus au travail, où les restaurants, les coiffeurs, les centres commerciaux sont fermés et où les regroupements sont illégaux. Le déni nous permet de survivre au choc. Il nous protège. Comme gestionnaire, rien de particulier à faire à part accueillir la parole de tout un chacun sans jugement ni action précis. Écoutez.
C’est la prochaine étape. Il nous faudra des coupables. Des têtes vont tomber. Untel qui ne nous a pas prévenus de ceci, unetelle qui ne nous a pas protégés de cela. Il faut se préparer à une chasse aux sorcières à grand déploiement, et nous aurons oublié les figures protectrices d’aujourd’hui. Nous serons durs, sans merci, injustes. En tant que gestionnaires, il faut se préparer à cette phase plus autoritaire, pour contenir cette colère, issue d’une longue phase de détresse. Il faudra mettre en place des règles rigides — mais rassurantes. Parallèlement, il faudra canaliser l'énergie et l’investir ensemble dans la ré-invention de l’entreprise.
C’est l’étape où l’on se confronte au réel. Le passé n’est plus et l'avenir n’est pas encore. Notre esprit veut négocier avec ce que nous avons perdu et marchander avec la nouvelle réalité. Entre l'irrationnel et le concret, nous tentons de donner du sens au vide et à ce qui est à inventer. Comme dirigeant, c’est un virage important. Un nouveau pacte est à définir. Il est important que cette étape stratégique se fasse en collectif. C’est le moment de s'entendre sur ce qui ne sera plus et ce qui est à découvrir. C’est le moment parfait pour synchroniser les phases de tout le monde, pour faire « sortir » les gens de la phase de déni ou de colère. Créez une mobilisation. Négociez une nouvelle réalité. Provoquez une nouvelle adhésion. Faites un nouveau pacte, ensemble.
C’est l’étape de fatigue. De crash pour certains. Vous allez craquer. Physiquement, moralement. Un mélange d’épuisement et de fierté d’avoir mené votre bateau à bon port — et de la fierté, vous pouvez vraiment en avoir, c’est mérité! Si vous ressentez ce moment, dites-vous que tout le monde le ressent autour de vous : vos équipes, vos collègues gestionnaires, vos dirigeants. Si vous décelez ce signal, la première chose à faire, c’est de suivre les consignes des compagnies aériennes : mettez le masque à oxygène sur votre tête avant d’aider quelqu’un d’autre. En clair : aidez-vous. Comment?nbsp;En demandant de l’aide...
D’abord auprès de vos équipes qui vous ont suivi dans le noir, qui ont survécu grâce à vous. Ils constituent votre garde rapprochée de collègues bienveillants qui reconnaissent la valeur d’un leader en forme. Il est temps qu’ils prennent le relais de la stratégie établie. Il faut opérer. Parlez-leur. Partagez votre état d’esprit et exprimez vos besoins.
Ensuite, allez demander de l'aide à votre boss. Exprimez-vous. Parlez de votre fatigue, stress, doute... videz votre sac. Demandez du temps pour souffler. Exprimez-vous, sinon vous êtes l’artisan de votre propre malheur. Sans ça, vous irez chercher ailleurs une écoute plus bienveillante, et vous partirez travailler ailleurs. Maintenant que vous savez que cette fatigue peut concerner tout le monde, gardez l’œil ouvert sur vos collègues, prenez le pouls, restez aux aguets de signaux alarmants.
C’est la sortie du tunnel. Vous avez accepté la nouvelle donne. Vous connaissez les règles de la game. Vous avez embrassé le changement, votre colère est apaisée, vous avez négocié avec le passé et l’avenir, puis vous avez mis en place un nouveau pacte avec les gens qui vous entourent. Le plus important?nbsp;Vous avez passé toutes ces étapes en équipe, en vous appuyant sur le collectif, en gardant le contact, en ayant partagé votre plan, en mobilisant constamment.
Il existe trois types d’empathie et chacun de ces types agit sur une partie différente du cerveau. Il faut bien se comprendre, ici: les types d’empathie ne sont pas interdépendants et chaque personne a un degré d’habilité différent par rapport à ceux-ci.
C’est l’empathie que l’on connait tous: le fait de comprendre et de reconnaitre ce que l’autre personne ressent. Quand ton meilleur ami t’appelle pour te dire qu’il a décroché son emploi de rêve et que tu lui dis : « Wow, je suis tellement content pour toi ! » (et que vous êtes sincère), c’est ce qu’on appelle de l’empathie cognitive.
On l'appelle aussi l'empathie contagieuse. Avec ce type d’empathie, nous ressentons physiologiquement et physiquement ce que l’autre ressent grâce à des signaux verbaux et non verbaux. Ici, on parle ni plus ni moins de faire l’expérience des sentiments de l’autre. Oui, c’est celle-ci qui nous permet de ressentir un bon vieux malaise lors de nos vidéoconférences.
Cette empathie peut être définie comme une réponse émotionnelle de compassion et/ou d'inquiétude provoquée par le fait de ressentir que quelqu'un d’autre est dans le besoin. En d’autres mots, c’est l’empathie qui fait agir, c’est grâce à celle-ci que les gens passent à l’action pour remédier aux problèmes des autres. Sur le plan anthropologique, il a déjà été suggéré que l’empathie compassionnelle ferait partie du mécanisme évolutif qui permettrait à l’humain de posséder la grande motivation d'aider ses enfants en cas de besoin. Si les humains n'étaient pas si intéressés à aider leurs rejetons, notre espèce ne serait pas allée très loin…
Avoir une grande habileté par rapport aux types d’empathies cognitives permet de voir le monde à travers un oeil différent et de comprendre plus simplement un point de vue. En d’autres mots, quand on reconnait que notre interlocuteur a des émotions, nous pouvons mieux communiquer avec lui, car nous avons l’habileté de comprendre sa perspective des choses. C’est ça, la beauté de l’empathie: la capacité de « voir » le cadre de pensée des autres. Selon le Center of Creative Leadership, plus notre capacité à comprendre différents cadres de pensées est grande, plus notre performance au travail sera grande. Tout ça, grâce à la communication !
Tout comme nos muscles nécessitent un entraînement régulier afin de se développer et de devenir plus forts, l'empathie se perfectionne par des exercices assidus. En effet, bien que nous ayons tous des degrés différents d’empathies selon nos expériences de vie et notre environnement socioculturel, il est possible de pratiquer nos « muscles empathiques ». Pour ce faire, plusieurs psychologues proposent la pratique de l’écoute profonde (deep listening), ce qui consiste à écouter les gens de manière sincère et authentique. Mais qu’est-ce que ça veut dire Les expériences démontrent que plus nous écoutons les propos de l’autre sans préparer notre réponse, plus ils ''s'ancreront'' dans la partie de notre système cognitif responsable du traitement de l'information, et plus notre cerveau s’habituera à recevoir de l’information nouvelle et étonnante de manière détendue, réceptive et calme.
Chaque type d’empathie a un bénéfice différent selon les situations. Prenons l'exemple d'un travailleur social. Celui-ci n'a pas avantage à avoir une empathie émotionnelle grandement développée (comme pleurer quand un individu pleure). Cependant, une bonne empathie compassionnelle (celle qui fait agir) est une habileté qui caractérise un bon travailleur social, car celui-ci ne doit pas seulement comprendre les émotions d'autrui, il doit aussi avoir le désir profond d'aider les gens.
Oui, l'empathie est utile dans votre vie professionnelle, mais pas n'importe laquelle dans n'importe quelles circonstances: vous devez être précis par rapport au type d'empathie que vous voulez développer.
Nous devons comprendre que... nous ne comprenons pas. L’empathie ne nous permet pas de jouer les psychologues, elle ne nous permet pas non plus de reconnaître les intentions ni même les motivations des gens face à leurs émotions. Ainsi, nous pouvons ressentir une émotion, mais cela ne veut pas dire que nous savons pourquoi la personne ressent cette émotion. En fait, plus nous comprenons nos propres émotions, plus nous pouvons comprendre leur complexité. Aussi, il peut être risqué de déduire à partir des émotions d'autrui des intentions précises, car nous pouvons nous tromper complètement, et cela affectera grandement la communication. L’écart empathique est un bel exemple de ce risque !
Dans des cas de résolution de problème, les gens iront instinctivement discuter avec la personne qui a des expériences similaires. Ce choix est basé sur le réflexe empathique. Étonnamment, selon les recherches du Harvard Business Review, ceux qui ont subi des défis dans le passé étaient moins susceptibles de faire preuve d'empathie pour quelqu'un confrontée aux mêmes défis. C’est ce qu’on appelle l'écart d’empathie. Comprendre ce phénomène est d’une importance capitale pour notre communication avec autrui, surtout en situation de résolution de problème. L’écart empathique est un phénomène psychologique qui tend à diminuer le souvenir de la gravité de certaines situations passées.
J'ai voulu me pencher sur un aspect particulier du bureau, qu'il soit à la maison ou... au bureau. J'ai voulu étudier ce qui relie deux aspects : la créativité, et l’ordre — donc le désordre. La créativité et le désordre sont-ils liés Un bureau en ordre a-t-il une influence sur notre capacité à innover et à penser de manière créative Comme à mon habitude, après des heures de recherches, je me suis retrouvé... sans réponse claire. Jusqu'à ce qu'un peu d'ordre dans mes idées vienne faire le ménage et me révèle une découverte qui était cachée sous le bordel de ma démonstration. Suivez-moi.
Partout et en tout temps, nous sommes bombardés d’images d’intérieurs parfaits et dégagés. Le vide soigneusement organisé est le signe d’un goût sûr, d’une élégance mesurée et d’un modernisme qui ne se dément pas. Des magazines de déco à Instagram en passant par IKEA ou Pinterest, c’est le zen qui prime et ne survit dans ces images de perfection que l’indispensable. Le superflu est banni et le vide est béni. Dans cette marée de perfection, le désordre est un choix. Si vous optez pour le bazar, vous choisissez le camp de la contestation, de la dissidence. Le bordel devient alors un acte de bravoure, un signe extérieur d’indépendance intellectuelle. Le bordélique est d’abord un esprit libre, qui n’est pas tenu aux injonctions et aux dictats de son époque. Mais n’est-ce qu’une posture Ou ne serait-ce pas une sorte d’image caricaturale un peu facile

Une étude menée par Kathleen D Vohs, à l’Université du Minnesota, a tenté de répondre à cette question❶.
Les participants ont été invités à remplir un questionnaire dans un bureau, soit bien rangé, soit en désordre. Ensuite, ils devaient faire un don à une œuvre de bienfaisance et choisir une collation en partant. Les résultats ont montré que ceux qui avaient travaillé dans un bureau bien rangé ont fait des dons plus généreux et ont préféré choisir une pomme plutôt qu'une tablette de chocolat. En conclusion, dans un bureau bien rangé, les gens ont fait ce qu’on attendait d’eux.
Mais dans une deuxième expérience, les chercheurs ont demandé aux participants de réfléchir à de nouvelles utilisations pour des balles de ping-pong, soit dans un espace bien rangé, soit en désordre. Les idées provenant des bureaux désordonnés ont été jugées plus intéressantes et plus inventives. De plus, lorsqu'on leur a demandé de choisir entre un produit bien établi et un nouveau produit, ceux qui avaient travaillé dans un bureau désordonné ont été plus enclins à opter pour la nouveauté. Conclusion : le désordre peut favoriser l'innovation et la pensée créative.

Que les créatifs se rassurent, le désordre est un merveilleux alibi pour continuer d’imaginer et de créer. Voici quelques avantages :
❶ stimuler les nouvelles idées : un environnement désordonné peut stimuler la pensée non linéaire et aider à générer de nouvelles idées. Lorsque tout est en ordre et à sa place, nous avons tendance à penser de manière plus conventionnelle. En revanche, le désordre peut nous pousser à penser en dehors des sentiers battus.
❷ créer des connexions inattendues : le désordre peut également aider à faire des connexions inattendues. Lorsque différents objets ou idées sont mélangés de manière désordonnée, il est plus probable que nous fassions des associations que nous n'aurions pas faites dans un environnement plus structuré.
❸ combattre la conformité : le désordre peut réduire la conformité et encourager l'individualité, deux facteurs qui sont souvent associés à la créativité. Dans un environnement désordonné, il est moins probable que nous nous conformions à ce qui est "normal" ou attendu.
❹ se concentrer sur l’essentiel : plutôt que de perdre son temps à ranger, trier et classer, l’esprit créatif peut investir un temps supplémentaire dans des divagations qu’il saura transformer en matériel créatif.

Les bordéliques fameux sont nombreux. Steve Jobs, Mark Twain, mais surtout Albert Einstein qui a mieux résumé son goût du chaos que quiconque : « Si un bureau en désordre dénote un esprit en désordre, alors que dire d’un bureau vide ». Dans une étude sérieuse et lourdement documentée, appelée « Théorie de la désorganisation, comportement désorganisé et étiologie des désordres », le chercheur Eric Abrahamson, professeur à la Columbia Business School, est allé plus loin en proposant l'équation du désordre suivante : M = β1 x l + β2 x p + β3 x v + β4 x i — pour traduire, l’amplitude d’un désordre est calculée en fonction de ses largeur, profondeur, volume et intensité.❷
Dès lors, on pourrait déjà conclure cet article sur la glorification du désordre, qui deviendrait la prescription d’usage à quiconque voudrait avoir des idées. Pas si vite.
C’est ici que je vous dois un aveu : étant moi-même créatif et vivant de mes idées, j’ai le désordre en horreur. C’est pourquoi le résultat des études et les articles déjà partagés à ce sujet m’ont toujours laissé perplexe. C’est que l’ordre a quelques vertus qu’on a tendance à oublier.
❶ Faire la paix : chaque individu a un seuil de tolérance différent face au désordre. Pour certains, un environnement trop désordonné peut entraîner du stress et nuire à leur créativité. C’est mon cas, et peut-être le vôtre.
❷ Se concentrer : la créativité est souvent un bagage livré avec une capacité de concentration différente de la norme - peut-être un TDA. En gros, vous avez une grande capacité d’hyperconcentration… mais aussi une grande capacité de déconcentration. Un environnement neutre, connu, rassurant permet une concentration optimale.
❸ Produire : l’idée qu’être créatif c’est être en permanence dans sa tête est un fantasme. Il faut livrer. Il faut exécuter. Il faut écrire, désigner, dessiner, concevoir, coudre ou je ne sais quoi d’autre - bref, il faut produire un résultat attendu. Dès lors, cette production est soumise à des lois, des limites, des contraintes, bref, l’idée va devoir se soumettre à une certaine forme de conformité, et le travail du créatif devient celui d’un médiateur, entre l’idée idéale qui l’habite et l’idée attendue par son mandataire. Le créatif est d’abord un métier de négociation, d’arbitrage et d’arrangement. C’est d’abord un travail de logique et de rhétorique qui demande beaucoup d’organisation.
De grands esprits créatifs ont plébiscité l'ordre dans leur espace de travail. Agnès b. a organisé son espace de travail avec un alignement quasi chirurgical, alors que Bill Gates a déjà expliqué à quel point il valorisait l'ordre et la structure dans son environnement de travail. Idem pour Elon Musk (pourtant pas le plus connu pour son conformisme), Warren Buffet ou encore Oprah Winfrey qui tiennent à leur bureau bien rangé comme le reflet de leur engagement pour l'efficacité. Oui, on peut être créatif et aimer voir ses affaires bien rangées, comme ses idées bien exécutées.

Marie Kondō est une Japonaise qui a bâti sa carrière, sa popularité et sa fortune en donnant des leçons de morale à tout le monde. "Je suis convaincue que le fait de ranger votre maison va vous aider à trouver la mission qui parle à votre cœur. La vie ne démarrera vraiment qu'une fois votre maison en ordre." Rien de moins! Aux injonctions de rangement du tiroir à Tupperware se succédaient les cours 101 de pliage de t-shirt. Des vidéos entiers de culpabilité, des conférences pleines de sermons bien sentis, avec un livre à la clé — évidemment, La Magie du Rangement. En janvier 2023, l’empire Kondō s’effondre suite à une révélation fracassante : « Ma maison est en désordre, mais à ce stade de ma vie, c’est la bonne façon de gérer mon temps ». C’est comme si on apprenait que Ricardo n’avait jamais rien mangé d’autre que du Kraft-Dinner.
Un vieil adage gaélique soutenait au contraire que « les fées naissent du désordre », et rappelait l’importance de laisser un endroit un peu en désordre dans une maison, pour y laisser entrer la magie.
Einstein et Jobs sont devenus les icônes du foutoir. Leur capharnaüm est devenu un passeport pour les plus bordéliques, qui ont trouvé leur modèle en la matière, et — quasiment une preuve causale de génie. Encore une fois, pas si vite. Lors de mes recherches, je me suis souvenu d'une autre facette de Steve Jobs. Celle d'un homme obsédé par le dépouillement dans sa vie personnelle, l'espace et la zénitude, jusqu'à l'extrême — qu'on retrouve encore aujourd'hui dans le design des produits Apple. Le biographe de Jobs, Walter Isaacson, révélait en 2011 que le patron d'Apple avait un style de vie quasiment monastique. Et loin — très très loin de l'image de son bureau en bazar — le génie a vécu longtemps dans des maisons totalement... vides. Cela avait été une source de discorde familiale constante❸. La photo ci-dessous a été prise quand il était jeune, dans sa première maison. Elle est stupéfiante. Steve Jobs n'avait pas de meuble, il ne supportait pas ça. Le contraste est saisissant. Tellement qu'il nous pousse à une nouvelle réflexion. Si Jobs peut à la fois vivre dans le désordre et le vide absolu, c'est que nous avons peut-être tous deux facettes. Une pile, une face. Une côté jardin, une côté cour. Nous pouvons vivre dans deux réalités. Nous le devons, peut-être.

Je pense que, comme le processus créatif lui-même, notre cerveau a besoin de plusieurs temps. Un temps flou, un temps net. Un temps désordonné, un temps ordonné. Un temps rangé, un temps dérangé. Jobs avait besoin d'un espace encombré et d'un autre vide. Einstein aimait le désordre de son bureau, mais passait de longs moments à marcher en pleine nature pour se changer les idées. Un peu comme nos chats qui ont leurs moments de sommeil et leurs moments de folie, nous avons sans doute tous besoin de moment de calme et de chaos, des instants de bordel, et d'autres de repos, de limpidité, de rien. À l'image de notre cerveau, un temps occupé, un temps inoccupé.
Il n’est donc ni question de vivre dans une page intérieure de Dwell ni question de vivre dans un taudis. Il est question d’un équilibre naturel entre bordel et zénitude. Cet équilibre doit se retrouver partout. Chez vous en télétravail, mais aussi au bureau, qui ne doit pas devenir un lieu désincarné et dépersonnalisé suite à l’invention des « bureaux flottants » qui n’appartiennent à personne. Après avoir créé un bureau chez vous, il faut désormais recréer un petit chez vous au bureau. C'est peut-être aussi l'opportunité d'organiser vos deux espaces comme vos deux temps. Vous pourriez assumer d'avoir un endroit pour divaguer, un autre pour livrer. Un bureau créatif, un bureau productif, et passer de l'un à l'autre, comme le faisaient Jobs et Einstein.