




Le marketing traditionnel repose sur le modèle des 4P : Produit, Prix, Place et Promotion. Ce cadre aide les entreprises à structurer leurs stratégies pour atteindre leurs objectifs commerciaux :
Cependant, le marketing social diffère en ce qu'il ne cherche pas à vendre un produit mais à promouvoir un comportement bénéfique. Il utilise donc un modèle adapté, le modèle des 5C, qui tient compte des spécificités et des défis uniques du changement comportemental.
Le marketing social est une discipline qui se concentre sur la promotion de comportements bénéfiques pour la société. Né en 1971, le marketing social est défini comme l'application des techniques de marketing commercial pour analyser, planifier, exécuter et évaluer des programmes visant à modifier le comportement d'une cible d'individus afin d'améliorer leur bien-être personnel et celui de la société. Contrairement au marketing commercial qui vise à générer des ventes, le marketing social cherche à induire des changements de comportement durables. Pour ce faire, il utilise un cadre unique : le modèle des 5C.
Le marketing social repose sur l'idée que pour qu'un comportement soit adopté, les individus doivent percevoir plus de bénéfices que de coûts à l'adoption de ce comportement. Cette notion d'échange est au cœur des campagnes de marketing social. Si les individus voient des avantages significatifs à changer leur comportement (comme une meilleure santé ou des économies financières) et que les barrières à ce changement sont minimisées, ils sont plus susceptibles de s'engager dans le nouveau comportement.
Le modèle des 5C du marketing social comprend cinq éléments essentiels : Comportement, Coût, Communication, Capacité d'accès et Collaborateurs. Chaque composant joue un rôle crucial dans la conception et la mise en œuvre de campagnes de marketing social efficaces. Pour illustrer ce modèle — et éviter les biais produits par des campagnes existantes — prenons un exemple totalement fictif (et quasiment délirant) : "Adopter un lapin, ça fait du bien". C'est parti!
Le premier C, Comportement, se concentre sur l'action spécifique que l'on souhaite que le public adopte. En marketing social, le comportement est l'équivalent du produit dans le marketing traditionnel. Pour la campagne "Adopter un lapin, ça fait du bien", le comportement cible est d'inciter les familles et les individus à adopter des lapins comme animaux de compagnie. En définissant clairement le comportement souhaité, la campagne peut développer des messages et des stratégies spécifiques pour encourager ce changement. On peu aussi estimer des mesures du succès, comme par exemple une augmentation de 25% des adoptions de lapins dans les refuges partenaires au cours de l'année.
Le deuxième C, Coût, représente les freins et les obstacles que les individus perçoivent ou rencontrent en adoptant le comportement souhaité. En marketing social, il est crucial de minimiser ces coûts pour faciliter le changement de comportement. Les coûts peuvent être de nature financière, psychologique, temporelle ou même sociale. Pour la campagne "Adopter un lapin, ça fait du bien", il faut considérer le temps et les efforts nécessaires pour s'occuper d'un lapin, les coûts des soins vétérinaires et l'espace à la maison. Pour réduire ces coûts, la campagne pourrait offrir des informations et des ressources sur les soins faciles des lapins, des coupons de réduction pour les premiers soins vétérinaires, et des kits de bienvenue pour les nouveaux adoptants.
Le troisième C, Communication, concerne les messages et les médias utilisés pour informer et persuader le public d'adopter le comportement souhaité. Une communication efficace est essentielle pour sensibiliser, éduquer et motiver le public cible. Elle doit être claire, persuasive et adaptée aux canaux de communication préférés de la cible. Pour la campagne "Adopter un lapin, ça fait du bien", le message clé pourrait être : "Un lapin, ça fait chaud au coeur" (OK, on confira ça à LG2 ou à SidLee au moment venu...) Les canaux de communication incluraient les réseaux sociaux, les affiches dans les parcs et les cliniques vétérinaires, les newsletters électroniques, les événements communautaires, les blogs sur les soins des animaux, et des campagnes de marketing d'influence avec des célébrités locales aimant les animaux.
Le quatrième C, Capacité d'accès, se réfère à la facilité avec laquelle le public peut adopter le comportement souhaité. Cela inclut l'accès aux ressources, aux services et aux infrastructures nécessaires pour effectuer le changement. Pour la campagne "Adopter un lapin, ça fait du bien", il est important de faciliter l'accès à l'adoption de lapins en organisant des journées d'adoption dans les parcs et centres communautaires, et en simplifiant les procédures d'adoption en ligne. Des ressources telles que des guides pratiques sur les soins aux lapins, des vidéos éducatives et des lignes de soutien pour les nouveaux propriétaires de lapins peuvent également être mises à disposition.
Le cinquième C, Collaborateurs, implique les partenaires et les parties prenantes qui peuvent aider à promouvoir et à faciliter l'adoption du comportement souhaité. Les collaborateurs peuvent inclure des gouvernements, des organisations non lucratives, des entreprises privées et des leaders communautaires. Une collaboration efficace peut amplifier l'impact d'une campagne en mobilisant des ressources supplémentaires et en renforçant la crédibilité et la portée des messages. Pour la campagne "Adopter un lapin, ça fait du bien", les partenaires pourraient être des refuges pour animaux, des vétérinaires, des influenceurs animaliers, des écoles, et des entreprises de produits pour animaux de compagnie. Les refuges faciliteraient les adoptions, les vétérinaires fourniraient des soins initiaux gratuits ou à prix réduit, et les influenceurs partageraient des histoires positives et des conseils sur les soins aux lapins.
Alors, êtes-vous prêt à passer à l'action? Le modèle des 5C n'est pas un mode d'emploi exhaustif, ni une recette clé en main. C'est mieux que ça : un point de départ. Un cadre de réflexion stratégique, accessible et pragmatique, pour structurer votre intuition, baliser vos intentions, et éviter les angles morts. Un peu comme un inventaire avant de partir à l'aventure. Ce que vous voulez changer, pourquoi ce serait bénéfique, ce qui freine, ce qui pourrait aider, qui pourrait embarquer avec vous. Pas besoin d'avoir toutes les réponses — mais il est temps de se poser les bonnes questions. Alors, qu'est-ce que vous voulez faire bouger, et par où allez-vous commencer?
Le marketing social et le modèle des 5C offrent un cadre puissant pour concevoir et mettre en œuvre des campagnes visant à induire des changements de comportement bénéfiques pour la société. En se concentrant sur le comportement souhaité, en minimisant les coûts perçus, en communiquant efficacement, en augmentant la capacité d'accès et en collaborant avec des partenaires clés, les campagnes de marketing social peuvent surmonter les obstacles à l'adoption de comportements positifs et créer un impact durable.
E, S, G, trois lettres qui en disent long! À l'image d'Arthos, Portos et Aramis, l'Environnement, la dimension Sociale et la bonne Gouvernance forment le trio inséparable de la gestion responsable. Si vous aussi, comme d'Artagan, vous cherchez à les rejoindre dans leur aventure, voici ce qu'il faut savoir.
D'abord, il faut garder en tête qu'il existe autant de façons d'appliquer la gestion responsable qu'il existe d'entreprises. C'est que les critères sont assez vastes, et souvent ne s'appliquent pas de manière uniforme à toutes les entreprises. Prenons néanmoins ici l'exemple de l'entreprise Cascades, cheffe de file en matière de gestion ESG au Québec.
D'abord, le facteur Environnemental analyse la consommation d'énergie, la gestion des déchets, la prévention des risques environnementaux, la pollution produite et le respect de la vie animale… pour ne nommer que ceux-là ! Cascades est par exemple engagée depuis bon nombre d'années dans l'économie circulaire, s'approvisionnant autant en plastique qu'en papiers recyclés (ou provenant de forêts gérées de manière durable).
Le facteur Social quant à lui se rapporte plus aux conditions de travail et à la santé des équipes, de même qu'à leur épanouissement. On pense donc oui à tout ce qui se rapporte à la santé et à la sécurité au travail, mais aussi aux valeurs de diversité, d'équité et d'inclusion de l'entreprise. Par exemple, Cascades se distingue par son implication dans les causes de santé mentale, en plus d'initiatives d'inclusion telles que les rendez-vous Femmes et Machine ou la création d'uniformes aux couleurs de la Fierté.
Enfin, le critère de Gouvernance s'attache à rendre compte des bonnes pratiques de gouvernance d'une entreprise en termes de transparence dans sa méthodologie comptable et d'indépendance du conseil d'administration. Est-ce que des mesures minimales ont été appliquées afin d'éviter les conflits d'intérêts ? On évalue ici la qualité et la structure de la gestion de l'entreprise. Qui dit évaluation, dit transparence, et c'est justement par sa conformation aux normes du Sustainability Accounting Standards Board (SASB) que Cascades parvient à s'en assurer.
Malgré des exemples fort comme Cascades ou encore Patagonia, les différents acteurs du milieu des affaires ont longtemps hésité : quels sont les bénéfices concrets de la gestion ESG ? N'est-elle pas, par définition, limitative, en plus d'être compliquée et coûteuse à mettre en place ?
Sur ce point, le mythe est tenace : ce type de gestion serait rarement rentable. Ulrich Atz, économiste et chercheur à la Stern School of Business de l'Université de New York, a travaillé à déboulonner cette préconception en compilant plus d'un millier de données officielles. Il est parvenu à démontrer que, statistiquement, les entreprises appliquant une gestion ESG peuvent être aussi performantes, voire même plus performantes, que leurs congénères à la gestion plus traditionnelle, surtout à long terme, ou lorsqu'elles misent sur les stratégies E à bas carbone. D'autre part, les entreprises qui ont une gestion responsable s'en tireraient mieux sur le plan financier lors d'une crise économique ou sociale. Analysant les fluctuations du marché boursier, l'étude démontre ainsi qu'au moment de la crise financière de 2007-2009, les entreprises appliquant une gestion durable ont mieux performé et se sont redressées plus rapidement après la crise.
Mais les performances financières ne sont que la pointe de l'iceberg. Prenons par exemple la certification B-Corp, qui regroupe le fleuron des entreprises certifiées favorisant l'inclusion sociale et la défense de l'environnement au Québec. Dans les critères de cette certification, il y est notamment compris que les différents fournisseurs et sous-traitants d'une entreprise certifiée B-Corp doivent eux aussi… être gérés de manière responsable. Vous nous voyez venir ? L'adoption par une part de plus en plus grande du marché de normes responsables crée tranquillement un cercle vertueux de la gestion responsable. Ainsi, adopter de telles pratiques permet désormais d'augmenter l'attractivité de son entreprise, non seulement auprès des consommateurs, mais également auprès de potentiels partenaires d'affaires.
Vous vous en doutez sûrement, cette tendance dépasse largement le Québec. À l'échelle mondiale, une pression s'exerce sur tous les acteurs du milieu des affaires pour atteindre des cibles de plus en plus ambitieuses en matière de gestion responsable, tout particulièrement sur le plan environnemental. Notamment, l'investissement responsable connaît une forte hausse de popularité, offrant des opportunités uniques aux entreprises appliquant les normes ESG.
Par exemple, en Europe, à compter du 1er janvier 2024, la nouvelle directive CSRD (Corporate Sustainability Reporting Directive) exigera des entreprises qu'elles dévoilent le contenu de leurs informations extrafinancières pour permettre aux investisseurs de prendre les décisions les plus éclairées. Le texte de loi s'appliquera également aux entreprises non européennes (de taille significative) présentes sur le marché interne européen.
Plus proche de chez nous, la Fondation IFRS, bien connue des marchés financiers, a officialisé lors de la COP26 la création d'une antenne de l'International Sustainability Standards Board (ISSB) à Montréal (le siège social est en Allemagne). Leur implantation au Québec, une première en Amérique du Nord, renforce ainsi la place de leader du Québec en matière d'investissement responsable. C'est grâce à de telles initiatives que peu à peu, on observe une transformation profonde du monde de la finance et du modèle d'affaires des entreprises.
Le mouvement « anti-Black Friday » est né dans les années 1990, en réaction directe à l'essor fulgurant du Black Friday aux États-Unis. À l'époque, Ted Dave, un artiste et activiste canadien, lance la Journée sans achats (Buy Nothing Day), dénonçant le consumérisme effréné. Ce concept, popularisé par l'organisation Adbusters, s'est d'abord développé en Amérique du Nord avant de s'exporter à l'échelle mondiale. L'objectif initial était de transformer cette journée de surconsommation en un moment de réflexion sur nos habitudes d'achat et leur impact social et environnemental. À mesure que le Black Friday gagnait en influence, le mouvement a trouvé un écho auprès de militants écologistes, de marques prônant la durabilité et même de citoyens ordinaires, soucieux de repenser leur manière de consommer.
L'anti-Black Friday n'est pas qu'une opposition idéologique : il s'appuie sur des constats concrets.
Au cœur du mouvement anti-Black Friday réside une idée puissante : reprendre le contrôle sur nos comportements de consommation. Face aux stratégies marketing agressives et à la pression sociale incitant à acheter, dire « non » devient un acte d'émancipation. Refuser les rabais illusoires et les achats impulsifs, c'est affirmer que nous ne sommes pas de simples rouages dans une machine commerciale. C'est aussi se reconnecter à ses véritables besoins et valeurs. Ce retour au contrôle passe par des actions concrètes : réparer au lieu d'acheter, favoriser les produits locaux ou tout simplement se contenter de ce que l'on possède déjà. En brisant le cycle de la surconsommation, les adeptes du vendredi “mou” redécouvrent une forme de liberté face à des mécanismes de marché qui dictent souvent nos choix.

Certaines entreprises s'engagent activement contre le Black Friday en adoptant des stratégies qui prônent la sobriété et la durabilité. Voici quelques initiatives marquantes...

Plus près de nous, Partage Club propose une alternative simple et communautaire : emprunter plutôt qu'acheter. Cette plateforme québécoise mise sur la mutualisation des biens pour réduire les dépenses inutiles et l'impact environnemental de la consommation de masse. Plutôt que de se précipiter pour profiter de rabais, les utilisateurs peuvent accéder à une multitude d'objets – outils, équipements de loisirs, électroménagers – déjà disponibles dans leur quartier. Avec un abonnement abordable et soutenu par certaines municipalités, Partage Club incarne une nouvelle manière de consommer, où la collaboration remplace l'accumulation. Cette initiative réinvente le lien social tout en s'opposant aux excès d'une journée dédiée au consumérisme.
Depuis quelques années, une tendance forte se dessine : les Québécois privilégient de plus en plus les produits locaux. Selon une étude du Conseil québécois du commerce de détail (CQCD), plus de 80 % des consommateurs affirment vouloir soutenir l'économie locale en achetant des produits québécois. Dès lors, des repères sont nécessaires pour naviguer dans l'univers des marques d'ici. Ainsi, on a vu naître au cours des dernières années des marques, qui elles-mêmes démarquaient... des marques, en affichant fièrement lors origines. Derrière cette simple préférence pour le local se cachent des dynamiques assez facile à comprendre :
Pour que l'achat local soit un véritable moteur de développement, il faut que les consommateurs puissent facilement identifier les produits qui proviennent du Québec. C'est ici que les labels, marques et certifications entrent en jeu. Pour cela, il existe plusieurs manière d'identifier la provenance d'un produit. Comme souvent, tout est parti de l'industrie agroalimentaires. Il existe trois types d'identification, qui proposent différents type de "protection" pour le consommateur. Les voici :
Les Indications Géographiques Protégées (IGP) sont un outil essentiel pour promouvoir et protéger les produits locaux tout en renforçant le lien entre un produit et son terroir. Inspirées des Appellations d'Origine Protégées (AOP) européennes, elles permettent aux consommateurs de reconnaître et de sélectionner des produits dont la qualité et la réputation sont liées à une région particulière. Au Québec, les IGP représentent une stratégie essentielle pour valoriser le patrimoine gastronomique et agricole de la province. Une IGP garantit que la production, la transformation ou la préparation d'un produit a lieu dans une zone géographique délimitée et selon des pratiques reconnues. Elle offre une protection juridique au produit contre les imitations et les abus d'appellation, tout en assurant au consommateur une origine vérifiée et un savoir-faire local. C'est la plus stricte, et donc la plus difficile à obtenir. C'est aussi celle qui offre le meilleur niveau de protection. Voici les critères indispensables à son obtention :
Voici deux exemples connus d'IGP :

Contrairement aux IGP, qui valorisent un lien géographique, une certification est une reconnaissance officielle délivrée par un organisme indépendant qui atteste qu'un produit, un service ou une entreprise respecte des normes spécifiques. Ces normes peuvent concerner la qualité des produits, les méthodes de production, les pratiques environnementales, ou encore les conditions sociales et éthiques de fabrication.

Ces certification renforcent la confiance des consommateurs en garantissant la traçabilité, la qualité ou l'éthique derrière un produit. Par exemple, un produit certifié biologique par Écocert assure qu'aucun pesticide de synthèse n'a été utilisé.
Au Québec, où la richesse des terroirs et des savoir-faire artisanaux est une véritable fierté collective, les labels deviennent des outils de marketing territorial puissants, et moins contraignants que la certification. Ils ne se contentent pas de mettre en lumière la provenance géographique ou la qualité des produits ; ils racontent une histoire, celle d'une région, d'un artisanat ou d'un engagement pour la durabilité — mais sans les mêmes garanties que pour les certifications. Disons qu'elles sont idéales pour des producteurs locaux, qui n'auraient pas les moyens de s'offrir une certification officielle, mais qui veulent tout de même promouvoir la qualité (et la provenance) de leurs produits.
Ces initiatives permettent aux petites entreprises de se regrouper sous une bannière commune, augmentant ainsi leur visibilité tout en mettant en avant leur ancrage régional. En s'unissant sous ces labels, les producteurs peuvent non seulement partager des ressources et des stratégies marketing, mais aussi renforcer leur présence sur le marché en tant que collectif. Cela leur offre une plateforme pour raconter l'histoire unique de leur région et de leurs produits, tout en attirant l'attention des consommateurs qui recherchent des produits authentiques et de qualité.
En plus de nos spécialités locales, le Québec a un talent unique : celui de s'approprier des spécialités internationales. En effet, l'emprunte de la gastronomie italienne, française, asiatique, moyen-orientale... et... de partout ailleurs est évidente. Ainsi, les Panettones québécois Viva sont parmi les meilleurs au Monde (2024). Pizza 900 fait la meilleure pizza romaine au Monde (2019), nos fromageries sont désormais reconnues à l'international (Le Détour, Nouvelle-France, La Station, Presbytères), l'huile torréfiée Oliméga a reçu un Bocuse d'Or (2023), les exemples ne manquent pas! Le brassage culturel et un certain amour du savoir-faire de sont pas étrangers à ce succès. Ainsi, le “inventé ailleurs, mais fait au Québec” est une preuve supplémentaire du talent des artisans d'ici, et de la confiance que les consommateurs peuvent leur accorder.

En 2022, une nouvelle marque, “Les Produits du Québec” est venue étendre ce système de certification sous l'impulsion du premier Ministre François Legault et de la ministre déléguée à l'Économie Lucie Lecours. Ces labels peuvent s'apposer sur tout type de produits et services. On y identifie trois niveaux “d'attachement au Québec”, chacun répondant à des critères spécifiques :

Richard Thaler est une figure de proue de l'économie comportementale, a dédié sa carrière à remettre en question cette créature de légende, et ce, avec un humour et une sagacité sans pareil. Il est l'un des papas des nudges, auxquels nous avons consacré plusieurs articles. Intéressons-nous ici au concept des econs et la manière dont il illustre un problème fondamental du markerting traditionnel et de l'économique en général. Pourquoi econ? C'est une abréviation de « économiste », un personnage fictif purement logique et rationnel. Attention, prononcez à l'anglaise, si vous ne voulez pas être regardés bizarrement quand vous direz fierement "aujourd'hui, je vais vous parles d'econ" — c'est un conseil d'ami :)
Thaler a débuté son exploration en observant des phénomènes que la théorie économique traditionnelle ne parvenait pas à expliquer. L'homo economicus, cet agent rationnel qui maximise son utilité en toute circonstance, est une fiction utile pour construire des modèles, mais il ne représente guère la réalité humaine. Nous sommes plutôt des econs et des humans, selon Thaler : les econs sont rationnels et logiques, tandis que les humans, c'est nous, des humains influencés par des biais cognitifs.
Pour saisir l'impact des biais cognitifs, pensons aux erreurs systématiques que nous faisons tous les jours : surestimer notre auto-contrôle (comme se promettre de faire de l'exercice tous les matins), céder aux tentations à court terme (malgré des objectifs de long terme), ou encore être plus sensibles aux pertes qu'aux gains (la fameuse aversion à la perte). Thaler a su transformer ces concepts en outils pratiques, notamment avec les nudges.
Un econ, c'est l'individu parfait des modèles économiques classiques. Imaginez un être doté d'une mémoire parfaite, qui peut évaluer toutes les options possibles, calculer les probabilités et choisir l'option qui maximise sa satisfaction, toujours et en toutes circonstances. Si vous lui demandez de choisir entre une épargne retraite et un road trip en Europe, l'econ fera instantanément tous les calculs nécessaires pour évaluer les bénéfices futurs de la retraite et comparer la satisfaction immédiate du voyage. Et il choisira toujours la meilleure option, sans se laisser influencer par des émotions ou des biais cognitifs.
L'econ ne se laisse jamais séduire par les publicités (ou s'il l'est, c'est que les marketeurs ont prévu ses réactions parfaites d'econ parfait). Il ne fait jamais d'erreurs de jugement, n'a aucune préférence irrationnelle pour le présent (la fameuse préférence temporelle) et ne ressent pas la douleur de perdre un billet de 50 euros plus intensément que la joie d'en trouver un. Bref, l'econ est un robot qui ne connaît ni le regret, ni la distraction, ni l'auto-illusion. Selon Thaler, c'est un mythe dangereux sur lequel repose toute une partie de la science économique.
Richard Thaler a pris un malin plaisir à démolir cette fiction. Pourquoi ? Parce qu'en se basant sur cette version idéalisée de l'humain, les économistes échouent à comprendre des comportements réels. Dans son ouvrage Misbehaving, Thaler raconte ses premières confrontations avec l'idée des econs : ses collègues considéraient que la rationalité absolue était un postulat fondamental. Mais lui voyait la réalité autrement. Nous sommes influencés par nos émotions, notre paresse, nos amis, et par mille facteurs irrationnels.
Quand on prend pour acquis que les humains sont des econs, les erreurs deviennent inévitables dans la conception des politiques publiques. Par exemple, on part du principe que les gens épargneront naturellement pour leur retraite si c'est dans leur intérêt. Mais en réalité, la plupart des gens procrastinent, sous-estiment l'avenir, ou ne comprennent même pas les implications des choix qui s'offrent à eux. Si nous étions des econs, nous n'aurions pas besoin de nudges, ces incitations douces qui aident à prendre les bonnes décisions sans forcer les choix. Mais comme nous ne sommes pas des econs, ces mécanismes sont devenus indispensables.
Le contraste entre les econs et ce que Thaler appelle les humans (c'est-à-dire, nous tous, avec nos défauts) est bien plus qu'un simple exercice intellectuel. Cela a des conséquences massives sur la manière dont les économies sont organisées. Par exemple, la théorie économique classique suppose que les consommateurs comparent tous les prix avant d'acheter un produit. Dans la réalité, les humans achètent impulsivement, sont influencés par des habitudes, et peuvent être victimes d'illusions de rareté ou de prestige.
Thaler a montré que dans le monde réel, les humains préfèrent parfois un gain certain à une option plus risquée mais plus payante. Nous sommes aussi extrêmement sensibles aux contextes dans lesquels les décisions sont prises. Un econ, en revanche, ne serait jamais influencé par la manière dont une question est posée ou par l'environnement dans lequel elle est posée.
Pourquoi est-ce important ? Parce que si vous basez des décisions politiques ou des stratégies d'entreprise sur l'idée que tout le monde se comporte comme un econ, vous courez à l'échec. En revanche, si vous comprenez que nous sommes bien plus humans qu'econs, vous pouvez concevoir des systèmes qui tiennent compte de nos faiblesses. Cela explique pourquoi l'économie comportementale, avec ses découvertes sur la psychologie humaine, est devenue cruciale dans des secteurs comme le marketing, la finance ou la gestion publique.
En marketing, les econs frappent encore. Il sont les consommateurs idéaux des campagnes marketing les plus rationnelles : ceux qui comparent méticuleusement chaque option, analysent les prix, et choisissent toujours l'offre qui maximise leur utilité. Mais en réalité, les humains sont bien plus complexes, et c'est là que l'économie comportementale de Thaler change la donne. Les marketeurs qui continueraient à s'adresser aux consommateurs comme s'ils étaient des econs risqueraient de voir leurs efforts échouer. En comprenant que les choix des consommateurs sont influencés par des biais cognitifs, des heuristiques, et des émotions, les stratégies marketing gagnent en efficacité. Par exemple, jouer sur l'aversion à la perte ou utiliser des biais d'ancrage (comme afficher un prix initial élevé pour valoriser une réduction) sont des techniques qui ne fonctionneraient jamais sur un econ, mais qui sont redoutablement efficaces sur nous, les humains irrationnels. Cette prise de conscience a poussé le marketing moderne à se réinventer, s'appuyant de plus en plus sur les insights de la psychologie comportementale.
Thaler n'a jamais prétendu que ses découvertes allaient tout changer, mais il a souligné que les modèles économiques devaient s'adapter. Les econs, ces êtres imaginaires, ne sont que des outils de modélisation. Pour influencer réellement le comportement humain, il faut comprendre ce que nous sommes : des êtres remplis de contradictions, de biais et de beauté cognitive.
Le modèle de Fogg met en relation trois éléments qui doivent être activés pour qu’un changement de comportement se produise chez un individu, que ce soit soi-même, un enfant, un employé ou même un client : la motivation, la capacité et ce qu’il nomme le prompt, que nous appellerons le déclencheur. Ces trois éléments doivent se rencontrer à un moment T précis. Quelque chose doit nous faire penser à agir, nous devons être assez motivés pour le faire et nous devons bien sûr être capables de le faire.

L’axe vertical représente le niveau de motivation (faible à élevée). C’est l’ensemble des raisons psychologiques ou émotives qui pousse quelqu’un à agir. C’est en quelque sorte une force qui permet de déclencher, de maintenir, d’entretenir ou de cesser un comportement.
L’axe horizontal représente ce que Fogg appelle la capacité. Comme elle varie de « difficile à faire » à « facile à faire », nous l’appellerons donc la simplicité. C’est la facilité que nous avons à accomplir une tâche.
Ce niveau de simplicité peut être influencé par l’argent et le temps nécessaires, l’effort mental ou physique à déployer, la norme sociale (le fait que ce comportement soit ou non socialement accepté) ou le fait que ce comportement s’insère plus ou moins facilement dans ma routine.
Il s’agit de l’élément qui déclenche l’action (en d’autres mots, c’est le call to action). Il en existe trois types : le facilitateur, le signal et l’étincelle. Il faut le choisir en fonction d’où se trouve l’individu dans le diagramme.
La motivation et la capacité ont une relation de compromis, leurs niveaux respectifs peuvent être interchangeables. Plus la motivation est élevée, plus les gens peuvent faire des trucs difficiles. Et plus quelque chose est facile à faire, moins elle nécessite une motivation élevée. La ligne d’action se situe à un niveau balance entre la motivation et la capacité.
Donc pour qu’un changement se produise: soit c’est difficile, mais je suis motivé (comme les gens qui veulent arrêter de fumer), soit je suis peu motivé, mais c’est facile (tel que le fait d’éteindre la lumière en quittant une pièce pour sauver la planète).
Vous l’aurez compris, il y a donc deux leviers pour changer un comportement : augmenter la motivation ou augmenter la simplicité.
Malheureusement, augmenter la motivation a ses limites : nous naissons paresseux. Si la tâche à accomplir est trop difficile, nous resterons dans l’inaction, même si la motivation est forte.
Préconisons alors d’augmenter la capacité. En d’autres termes : rendons cela plus facile. Ce sera plus simple et plus efficace. Dr Fogg nous propose trois moyens d’y arriver. Premièrement, simplement former les gens. Ce peut toutefois être une option plus complexe. Deuxièmement, donner des outils ou des ressources qui facilitent le comportement — dans le but de réduire l’effort physique ou mental ou afin de donner le temps et l’argent—. Troisièmement, réduire l’objectif afin qu’il soit plus facile et moins décourageant.
Vous voulez que vos employés recyclent davantage. Plutôt qu'une campagne de sensibilisation —ou en plus de— : formez vos équipes au tri, installez des bacs à recyclage non loin des bureaux et donnez de petits objectifs, car comme nous l’apprend la théorie des gains marginaux — dans cet article — au lieu de s’acharner à vouloir changer 100% de quelque chose, changez plutôt 100 fois 1%.
On met quelques personnes dans une salle avec une vitre sans tain. On leur fait goûter un yogourt, on les fait parler de leur voiture, de ce qu’ils pensent de la publicité que l’on vient de montrer ou de la nouvelle texture d’un shampoing. On leur donne 50 $ en bon d’achat chez Jean Coutu pour le dérangement... Et l’affaire est faite ! Certains participants sont debout, à marteler leur opinion, d’autres se taisent pendant une heure. Certains avis sont flous, alors on demande des précisions.
Peu importe, tout ce qui est dit est noté, enregistré et vendu à grand prix. On a tous vu des dizaines et des douzaines et des centaines de focus groups rassembler des hordes de consommateurs anonymes, dans l’espoir affiché de leur tirer les vers du nez. Or, un focus group, ça n’a jamais été cela. En fait, pas avant que le marketing s’en mêle.
Nous sommes au début de la Deuxième Guerre mondiale, dans un contexte historique qui voit l’émergence des médias de masse, et qui favorise aussi la désinformation institutionnalisée. Les sociologues d’alors se penchent sur le sujet des dynamiques de groupe. Deux d’entre eux, l’Américain Robert Merton et l’Autrichien Paul Lazarsfeld, vont s’intéresser plus précisément à la question suivante : comment les attitudes et les opinions se forment-elles dans l’esprit des auditeurs d’émissions radiophoniques ?
Il faut s’arrêter quelques minutes sur cette époque. Nous sommes en 1932 et Lazarsfeld part pour les États-Unis muni d’une bourse Rockefeller qu’il avait obtenue grâce à son étude sur les chômeurs de Marienthal, en Autriche. Une fois sa mission terminée, il revient en Autriche. Dans le même temps, Hitler est élu dans l’Allemagne voisine (1933). En 1934, le Parti socialiste d’Autriche est déclaré illégal. La plupart des membres de sa famille sont arrêtés. Lazarsfeld perd son poste dans l’enseignement secondaire. Il ne conserve qu’une vague charge de cours à l’université de Vienne. Ramassant tout son courage — et ses derniers dollars —, il achète un billet de troisième classe pour les États-Unis. Grâce à la protection de Robert Lynd, l’auteur de Middletown — une étude sur la sociologie américaine —, il réussit à importer à Newark puis à New York le projet qu’il avait commencé à réaliser à Vienne : créer un institut de recherche où la psychologie serait appliquée à des problèmes économiques et sociaux.
C’est ici qu’il va pouvoir contribuer à la propagande antinazie auprès de la population américaine. Cela nous paraît évident aujourd’hui, mais cela l’était beaucoup moins à l’époque. Dans les années 1930, le sentiment antisémite régnait aux États-Unis. La Grande Dépression avait fait des ravages profonds dans l’économie et la société, et on se cherchait des boucs émissaires faciles. L’arrivée massive d’immigrants fuyant l’Europe, dans une conjoncture économique déjà difficile, n’a pas été très favorable à des conditions d’accueil optimales — et c’est un euphémisme. Dans l’Amérique d’alors, les Juifs étaient exclus de certains clubs, de certaines universités prestigieuses (Ivy League), de certaines fraternités étudiantes, de certains hôtels, ou encore de certaines plages. Il faudra attendre 1941 et la révélation des atrocités nazies pour que le regard de la société change. Voilà dans quel contexte Paul Lazarsfeld va pouvoir développer des outils d’observation sociologique puissants, dont nous avons (partiellement) hérité.
Leur première rencontre naît sous le signe de la passion. Monsieur et madame Lazarsfeld invitent monsieur et madame Merton à souper un soir de novembre 1941. Paul Lazarsfeld est le sociologue de la politique et des médias ; Robert Merton est le sociologue de l’entrevue individuelle. Les conversations vont bon train jusqu’à ce que Lazarsfeld fasse mention d’une recherche qui a lieu le soir même avec un groupe d’auditeurs de radio à propos du sentiment d’adhésion à l’armée américaine. N’y tenant plus, les deux sociologues quittent alors la table et partent rejoindre le groupe de recherche enfermé dans un studio radiophonique proche.
Plusieurs participants sont installés et un animateur dirige les échanges. Merton est fasciné par cette approche, mais, intérieurement, a de nombreux reproches à formuler à l’animateur. Il propose alors à Lazarsfeld de mener lui-même le prochain groupe avec ses propres méthodes d’entrevue individuelle.
Ce faisant, les deux intellectuels vont inventer non pas un, mais deux outils inséparables : le focus group et l’entretien individuel, ou focused interview. D’abord une discussion de groupe, ensuite des entretiens individuels pour chacun des participants. La discussion de groupe a pour objectif d’observer les interactions des gens entre eux. Les entrevues individuelles visent à laisser parler les interlocuteurs et leur demander un retour sur leur expérience. Et c’est le mariage de ces deux méthodes qui donne un résultat efficace. Voyons-les en détail.
Comme on le voit, on est loin des focus groups généralement admis en marketing, qui n’ont PAS LA FONCTION de recueillir le sentiment des participants devant leurs congénères, et qui n’ont AUCUNE UTILITÉ s’ils ne sont pas couplés avec des entretiens individuels de qualité, menés par des professionnels.
Je répète : un focus group n’a PAS LA VOCATION de faire « cracher le morceau » à des individus invités à un groupe de parole où chacun va raconter son petit truc. Le contexte social (parler devant des gens) biaise absolument TOUS les témoignages qui auront lieu dans ce contexte. Il a pour but d’observer les interactions des gens ENTRE EUX, sur un sujet défini.
Le rôle de l’entrevue individuelle — focused interview — est de recueillir les propos de CHAQUE participant, seul à seul, dans des conditions propices aux partages et à l’écoute.
Désolé pour les majuscules. C’est parce que d’habitude, je crie en parlant de tout ça. 😆
Quelques années plus tard, un autre mouvement — le béhaviorisme — va favoriser les aspects mécaniques du comportement humain et délaisser la sociologie de Lazarsfeld et Merton. Il faudra attendre plusieurs décennies pour redécouvrir les focus groups. Malheureusement, l’histoire va se charger de déformer la théorie d’origine, de la réduire à une simplification dommageable, et de changer son nom.
Fait cocasse, c’est justement Merton qui a théorisé cet effet de transmission du savoir par un phénomène qu’il a baptisé l’oblitération par incorporation : l’ancrage d’un savoir scientifique est indissociable de l’oubli de sa genèse. En clair, pour qu’un savoir se transmette, l’oubli de sa véritable origine est inévitable.
Depuis les années 1990, les chercheurs renouent avec cette interprétation originale et de nombreuses études ont été menées dans les règles de l’art pour faire la lumière sur des sujets sociologiques importants : le sida, la violence sexuelle, la biotechnologie, etc. Un véritable focus group veut donc observer les interactions des gens sur un sujet, et pas le sujet en lui-même. Par exemple : ce sujet crée un blocage chez les participants, celui-là crée des tensions de telle nature et des échanges vifs, cet autre sujet encore voit naître une influence manifeste de certains leaders d’opinion sur le groupe. Un focus group, c’est ça. Ça et rien d’autre.
Les sociologues insistent sur les problèmes éthiques d’un focus group mal mené, notamment pour des aspects psychologiques chez les participants (pensez à des sujets ultrasensibles qui pousseraient les participants dans leurs retranchements — violence, sexualité, tabous), ou d’ordre moral (pensez à un participant qui ferait de la désinformation : le groupe de discussion servirait alors de propagateur).
L’expérience et la rigueur de l’animateur sont donc fondamentales. C’est à lui ou à elle de s’assurer de la qualité méthodologique, de la composition du groupe, de la création d’un contexte favorable aux échanges, etc. Observer les participants, noter les silences, les doutes, les changements de comportement... tout cela va lui permettre d’en déduire des liens et des conclusions.
Recherches : Alex Vendetti et Margaux Francazal