Richard Feynman était physicien, philosophe, auteur, aventurier et musicien. Il fut le pionnier de l’électrodynamique quantique, expert en comportement des particules subatomiques, il travailla sur le projet Manhattan à Los Alamos durant la Seconde Guerre mondiale, démystifia les causes de l’explosion de la navette Challenger en 1986 et, j’allais presque l’oublié, il reçut le prix Nobel de physique en 1965.
Ne vous laissez pas berner par cette grandiose introduction, Feynman jurait qu’il était comme vous et moi et que son intellect ne le distinguait d’aucune sorte des autres personnes, c’est son modèle mental qui en était pour quelque chose. C’est-à-dire, sa manière d’apprendre, et surtout de communiquer son savoir.
There’s no miracle people. It just happens they got interested in this thing and they learned all this stuff. There’s just people.
Richard Feynman
Feynman était surnommé « the Great Explainer », pédagogue de génie, Albert Einstein assistait à son premier cours et Bill Gates dit de lui qu’il fut le plus grand professeur qu’il n’ait jamais eu. Le milliardaire a été si impressionné par la capacité explicative du professeur Feynman, qu’il acheta les droits de certains cours donnés par le physicien pour créer un projet d’enseignement collaboratif nommé TUVA. Le projet fut lancé en 2009.
Laissez-moi vous mettre en contexte, Bill Gates acheta les droits de 7 cours filmés en noir et blanc par la BBC au son grinçant datant des années 60 où l’on aperçoit Feynman enseignant les fondements de la physique à des d’élèves de l’Université Cornell. Aucun effet visuel ou sonore, seulement un homme à cravate devant deux tableaux noirs . Où est donc l’extraordinaire ? Et bien, laissez-moi vous faire une confession, je ne m’intéresse pas vraiment à la physique, ni même aux cours universitaires à distance, mais j’ai été absorbé par les propos du physicien, j’ai été captivé par ses paroles et même ses gestes. En analysant bien la communication de Feynman à travers le projet TUVA, certaines récurrences sautent aux yeux:
- Les analogies sont omniprésentes pour expliquer des phénomènes simples à complexes.
- Les métaphores sont peu présentes et quand elles le sont, Feynman prévient que l’on entre dans la philosophie, on ressent même une certaine poésie du professeur.
- Feynman n’explique pas, il raconte une histoire. En addition, il fait beaucoup de dessins et utilise le support visuel.
- Le physicien ne se prend pas au sérieux et utilise beaucoup l’humour.
- Ces cours ne sont jamais plus longs que 59 minutes et il y a beaucoup de pauses dans son discours.
La technique Feynman en quatre étapes
La technique Feynman pour la communication est un modèle mental qui permet de transmettre des informations à l’aide d’idées claires, concises et simples.
If you can’t explain it to a six-year-old, you don’t understand it yourself.
Albert Einstein
- Choisir un concept à comprendre ou à expliquer: écrivez tout ce que vous savez sur le concept dans un cahier. À chaque nouvelle information trouvée, rajoutez-le à vos notes.
- Expliquez le concept à haute voix: faites comme si vous enseigniez ou expliquiez un concept à une autre personne qui n’y connaît rien ou très peu sur le sujet. Vous ne pouvez pas utiliser de jargon, seulement des mots de tous les jours que vous utiliseriez pour parler avec vos grands-parents du beau temps par exemple.
- Identifiez les failles dans votre savoir: lorsque vous expliquez, à chaque hésitation ou chaque fois que vous cherchez vos mots, cela est le signe que vous venez de découvrir une faille dans votre savoir.
- Réorganisez et simplifiez vos explications: pour chaque faille, refaites les étapes de 1 à 4. Créez des analogies simples et marquantes en puisant de l’inspiration dans vos passions. Le but ultime est de raconter plutôt que d’expliquer.
L’humilité
La technique Feynman n’est pas facile, elle peut prendre du temps et elle est surtout cruelle, car vous faites face à ce que vous ne savez pas et que vous pensiez savoir. C’est ça le pouvoir de Richard Feynman, c’est l’humilité. Tout au long de sa vie, Feynman avait un cahier intitulé Things I don’t know about, où il retranscrivait les sujets qu’il n’était pas en mesure d’expliquer le plus simplement possible.












.avif)